Amnésie

 

le bonaparte

Charlotte HAMEL  Droits réservés©

 

Je ne te suis plus ! En vain, je tente même de ne plus te chercher. Tu m’as laissé venir, la trappe grande ouverte, et je me suis entrebâillé, sur ce. Sur cette étendue d’inconnu, de failles, de bouches féminines partout.

Tous les jours nous avons perdu la mémoire. Les signaux  du petit Poucet ou du petit Prince sont perdus. Après le désastre de la nuit, je ne sais plus si respirer est plus naturel que penser. Je ne sais plus si cette rencontre a eu lieu, si j’écris avec de l’eau comme je pense avec l’alcool,

quand j’aurai donné assez : assez : quand j’aurai liquidé la faille incestueuse, alors, quand nous serons les deux êtres les plus lointains, les plus étrangers, les plus absents, alors, j’ose penser :

Guillaume HOOGVELD 1996 ©

Harmoniques

Labyrinthe des consciences des solitudes noyautées

Effet de serre autour de nous constellés
nous avons le pressentiment de ce qui arrive ce qui dé-coule
seuil à ne pas dépasser inconnu

Nous dépassons comme des harmoniques

Ondes linéaires surface continue
ondes transversales jusqu’à nous perception
croisement des âmes

Impact.

©Guillaume HOOGVELD #1995 pour le texte
©Peter Blank #1995 pour la photographie

Connexion illimitée

Je crains que tu ne sois la dernière
et je poursuis un rêve statufié
Inanimé comme ta bouche
Parti m’isoler en enfance
Bercer des christs en platine
J’épuise une nouvelle seconde
J’épuise
Mes pieds à terre
Mes ongles noirs
Mon mal de dos
Mon avenir mal à l’aise
Face tournée vers le large
Le ciel s’accélère
Le cœur est immédiat
dans les pores du silence
Je tisse une connexion illimitée

 

Guillaume HOOGVELD 1995©

Elève, regarde, déploie

Enlève

Enlève les journaux, la guerre des Balkans, les OPA entre les banques, les pourcentages, les voix ferrées
Enlève les cours de la bourse, les horaires des trains, des avions
Enlève le télégraphe – téléphone, le méridien de Greenwich, les fuseaux horaires, les satellites,
La fibre optique…
Enlève le bruit, enlève la mer de sa place, enlève le tour du monde
Enlève l’eau de pluie déjà sur le visage
Enlève la fille sur le chemin l’envie de chuter
Enlève les titres des journaux, les ailes des anges, les portiques du métro, enlève le métro
Enlève les bouches qui ont faim, les silences des muets, les crépuscules du soir, la nuit où j’ai crié
Enlève les marteaux-piqueurs, laisse les cils des yeux, agrandis les yeux,
Nous voudrons toujours voir…
Enlève la peur, donne-moi envie, donne-moi faim, donne-moi soif, donne-moi ta voix, desserre les dents

Elève, regarde, déploie.

Guillaume HOOGVELD 1995©

Charlotte HOOGVELD Création et droits photographiques réservés 2012©

Article mis en avant

Plus loin

20161210_180545

Plus loin davantage de distance, davantage de marges, davantage.
Plus loin, la nuit s’arraisonne, s’éphémère, s’ignore.
Plus loin, l’attente; un cœur ouvert qui espère l’autre sang.
Plus loin, des façades opaques, vénéneuses, où nous nous devinons.
Plus loin, tu réverbères à l’unisson, tu déclames à tout va.
Parce que tu sais, toi.
Plus loin, seule, tu sais mieux pleurer que tous, mieux te fondre que les ombrages des pins, mieux te connaître que ces hommes des rues, mieux te faufiler qu’une histoire de mœurs, qu’un végétal atteint, qu’une peinture affligée.
Tes journées fragmentent l’absence. Ta battue est profonde, et combien d’animaux souffrants as-tu laissé hiberner, en rut de lumière.
En face et plus loin l’armée désaxée des visages.
En face et plus loin, une gestuelle légère de ces pas transparents qui façonnent l’être et le mettent à l’abri du destin des pantins.

Plus loin, mais plus loin que ces hommes-là.

©Guillaume HOOGVELD @1995 pour le texte et la photographie@2017
©POÈTES ANONYMES ASSOCIÉS

Article mis en avant