Guillaume HOOGVELD/ NON NADA NICHT !

Apocalypse de ASHTRAY

NON !

NADA !

NICHT !

« Dar ist kein warum »
Ici il n’y a pas de pourquoi*

Non tu n’iras pas loin
Les trains ne partiront pas vous connaitrez la fausse rédemption

Non
Tu ne feras pas d’aller-retour à la Vie par la sève
Comme médium
Et le rêve comme réveil
Quand on a pas de prise au somme
Qu’on ne ferme plus les yeux même pour un simple rêve il faut montrer son ADN
Du bout des nuits
Du bout des bois

NON !

Force à l’imaginaire Résistance !
Nuit aux images
passer et revenir
Du monde de la veille passablement partagé extérieur nuit

Non aux points cardinaux
Les capitales ne sont plus que des lettres en majuscule
Paris à perte de vue a perdu sa capitale
Notre Dame pétard mouillé

Non A n’était personne et pas ton ami
Il te ressemblait pourtant du macadam brut aux herbes folles
Qui aurait donné son nom à l’absinthe
Ou à tout autre forme de changement d’état
de la barbarie aux droits de l’homme
Puis de la tolérance à tous les étages

Un alcaloïde de plus d’opium pour renverser l’état des lieux

Pour que l’imaginaire n’ait pas besoin d’être gravé et rappelé par la chair

Un alcaloïde de plus pour faire taire la douleur du sang qui sort de l’œil avisé halluciné parce qu’il voit trop bien

X t’as proposé un regard viralement vu du ciel disséminé parmi les jaunes
Les amours jaunes de la misère
Ceux de Tristan Corbière

Que poussera-t-il après ce glissement de peuples sans histoire hantés par la famine et par le spectacle

X t’as glissé un regard foulé au pied avant même que cela vire à la folie

NON

Pas de première chance !
Les sentiments sont émaillés empaillés raillés

NON

Pas de seconde chance !

Vous vous croyez où ?
Sur la terre ?
Vous croyez qu’il suffit d’avoir raison pour avoir justice
Ils ont préféré Barabas cette racaille à Dieu

Un petit pas pour l’homme
Des millions de pas pour les humiliés
Un petit pain toujours trop petit à venir dans les geôles aux germes 24 carats

NON

Monsieur vous n’avez rien à dire
Il pleut en vous trop de sanglots un soupir de fusain
Une famine
Une famine
ou de l’encre de Chine
La nouvelle forme de l’intime

Vous n’avez rien à dire face à la loi
Même si vous êtes appelés à la connaître
Quand bien même vous avez tout tenté pour se ranger dans ses entrailles
C’est ceux qui font la loi qui font les armes idem

Les crédos de ce monde sont tatoués dune énumération sur billet vert et son œil unique encadré d’une pyramide

Vous n’avez ni sang ni sens sur la table
Vous n’en finissez pas de parler avec des signes
Vous savez qu’il ne suffit pas d’être à l’heure et d’ une clef cinq points biométrique pour se barricader avec ses lingots pour conserver sa valeur

Non monsieur le juge
Entre vous et le moins il n’y a plus
Aucun sens sur l’assiette ni soudainement satiété

Il va falloir inventer un nouveau langage une nouvelle économie un nouveau climax entre les hommes

Je me tais soudainement seul je n’ai rien à observer
Je me sens tout petit
Je me sens victime un jour bourreau une autre victime encore un autre coupable
l’amour un quart d’heure par vie se présente à moi
Une croisade
Une épopée
La découverte de l’Amérique valait bien la disparition des indiens

NON

Vous n’avez partout sur la planète que ce mot à la bouche hommes de la Banque ou femmes fatales du spectacle
Personnages tristesse de la gratification sociale
Adieux aux putains prévues pour ĺa signature de la transaction
Divine surprise des bombes à fragmentation pour répondre à une fiole d’anthrax au show de l’Onu

Nous n’irons plus au cinéma
Trop de lifting a Hollywood
Le nouveau spectacle est propre comme le phosphore blanc des neiges
TNT on t’aimait bien tu as fait ton temps
Le phosphore blanc
laisse de l’ordre sur les cibles tous les meubles restent droits et on dirait qu’Hiroshima était du cinéma

Tout est renversé
plutôt Mesrine qu’Aragon
Plutôt Barabas que le Christ
Photo Joseph que Staline
Plutôt la vie les mauvais scores les mauvais sorts
En dernier réseau ressort

NON

Je suis celui celle qui refuse tout sourire de laisser tomber son scénario à de son mal de dos
Je me suis rendu pour rien à plusieurs endroits

Je suis déclassé avant tes souvenirs transformés en regrets

Il fut un temps où on avait le respect des mots et de leurs contextes

Où j’aurais eu ma place

Je n’ai donc rien à ajouter à ma propre défense sinon l’imagination parmi mes premiers sillons
Un 33 tours au goût du jour

NON Stop
Vous avez perdu la politesse de la critique

Vous avez perdu le droit de me juger

NON je refuse votre usure et votre collection d’œuvres d’art spoliée happée des mains de son démiurge

Vous O establishment
O fonctionnaires
Planqués des ministères
Gouverneur des invalides
Je voudrais emprunter vos piloris votre cadastre votre horizon du ciel vos services de renseignement jusqu’à faire éclater la bulle en nanosecondes

Nous n’aurons rien à faire d’autre qu’à fatiguer ce système à le désabuser à l’éreinter à le rendre pitoyable ce qu’il est en somme jusqu’en ses fonts baptismaux

Car le temps des contrefaçons nous encercle

Car il y a un système et des complots a géométrie variable qui ne relèvent pas de la paranoïa

Hébergé dans des palais bunker où il y a un badge pour chaque couleur
On se croirait en 1945 dans les habits d’Hitler à l’envers

NON Monsieur…

Je vous dénie ce droit à la tranquillité vous devez avoir peur pour mieux produire je ne regarde pas vos yeux votre CV est proportionnel à votre dignité

Vous n’êtes personne vous n’êtes pas Bankable, vous êtes fichés Banane de France

BDF Officine d’opérette qui ne frappe pas sa monnaie vous êtes reclus derrière une vitre fantôme à cocher des cases à disposer des vies O fonctionnaires de la banqueroute

La liberté se paie fortissimo

NON

Vous n’aurez jamais de facilités de paiement que des difficultés graves sur les livres cachés par de la cire faite de sang

NON

Monsieur Je vous demande de vous taire vous n’avez pas le ratio suffisant dans votre notation pour exprimer quoi que ce soit

NON

Monsieur reculez de deux pas en arrière vous êtes une masse qui n’a pas de complément d’objet direct qui pourrait vous garantir l’amour

Sur le marché de l’amour vous êtes sans espoir de rencontres « unbankable » sans espoir d’être sauvé

NON

Vous êtes tombé sur un ADN aux multiples formes de faiblesses irréversibles

Débrouillez vous avec l’apocalypse de St Jean demandez lui la démarche à suivre pour vous exfiltrer de ces faux pas…

NON d’un chien
Stoppez doléances et condoléances
Vos blessures ont un langage
Vos blessures ont la rage

Vous avez dépassé toutes forme de possibilités

Adressez-vous à Dieu

*Primo Levi, « Si c’est un homme »

©2019 Guillaume HOOGVELD pour le texte
©Charlie COLE, Photo du « Tank man », place Tiananmen, le 5 juin 1989.

Michael PALMER / First figure / Echo (Pascal Quignard)/Abstract

(texte antiparallèle pour Pascal Quignard 1)

Which resounds. Re-sounds. Where first follow. The letter he had lost reappeared in his palm. Identity was the cause. Not that the word spoken had been heard. Not that a word spoken can be seen, even partially, traced against the screen. Language copies him in its listening, tracing his imperfect copy. Which re-sounds. Echoes briefly. The rustling a wall transmits by interference. For example: raised both arms above his head. And said: a letter a letter can be reckoned with. Rustling as of an article of clothing such as a dress or green dress. An even greyness as of a page, recording events. The subject is this, rustling at the moment of enunciation, to be reckoned with. Not that the words thus raised above the head and turned into hills. Could possibly. Be recognised in his own misunderstanding. After the talking is done a kind of attention to each mark, an injured identity traced against the screen. Soweto-Miami. Cremated beside the river.

(texte antiparallèle pour Pascal Quignard 1)

qui résonne. Ré-sonne. Où le premier suivrait. La lettre qu’il avait perdue réapparue dans sa paume. L’identité en était la cause. Non que le mot prononcé ait été entendu. Non que le mot prononcé puisse être vu, même partiellement, tracé contre l’écran. Le langage le copie dans son écoute, traçant sa copie imparfaite. Qui ré-sonne. Fait écho brièvement. Le bruissement qu’un mur transmet par interférence. Par exemple : levé les deux bras au-dessus de sa tête. Et dit : une lettre une lettre avec laquelle pouvoir compter. Bruissant comme d’un vêtement tel qu’une robe ou une robe verte. Une même teinte grise comme d’une page, enregistrant des événements. Le sujet est celui-ci, bruissant au moment de la prononciation, avec lequel compter. Non que les mots ainsi s’élevaient au-dessus de la tête et se transformaient en collines. Cela se pourrait. Être reconnu dans sa propre incompréhension. Après que la conversation soit faite une espèce d’attention à chaque marque, une identité blessée tracée contre l’écran. Soweto-Miami. Incinéré à côté de la rivière.

1/ En français dans le texte.

©traduction d’Eric Suchère. Corti 2011.

© Illustration de Jean-Marc MUSIAL, « J’entrerai dans l’ombre », Encre 40 x 30, 2014@2016. Droits réservés.

Borges / Autre Poème des dons

Je veux rendre grâce au divin

Labyrinthe des effets et des causes

Pour la diversité des créatures

Qui composent ce singulier univers,

Pour la raison, qui ne cessera jamais de rêver

Au plan du labyrinthe.

Pour le visage d’Hélène et pour la persévérance d’Ulysse,

Pour l’amour, qui nous permet de voir nos semblables

Comme les voit la divinité,

Pour le ferme diamant et pour l’eau dénouée,

Pour l’algèbre, palais de cristaux précis,

Pour les monnaies mystiques de Silesius,

Pour Schopenhauer,

Qui peut-être déchiffra l’univers,

Pour l’éclat du feu

Qu’aucun être humain ne peut regarder sans un ancien étonnement,

Pour l’acajou, le cèdre et le santal,

Pour le pain et le sel,

Pour le mystère et la rose

Qui prodigue la couleur et qui ne la voit pas,

Pour certaines veilles et certains jours de 1955,

Pour les durs gardians qui sur la plaine

Font aller devant eux le bétail et l’aube,

Pour le petit matin à Montevideo,

Pour l’art de l’amitié,

Pour le dernier jour de Socrate,

Pour les mots échangés au crépuscule

D’une croix à l’autre,

Pour ce rêve de l’Islam qui embrassa

Mille nuits et une nuit,

Pour cet autre rêve, l’enfer

Pour le feu purificateur de la Tour

Et pour ses sphères glorieuses,

Pour Swedenborg

Qui parlait avec les anges dans les rues de Londres,

Pour les fleuves secrets et immémoriaux

Qui convergent en moi,

Pour la langue qu’il y a des siècles et des siècles j’ai parlée en Northumbrie,

Pour l’épée et la harpe des Saxons,

Pour la mer, qui est un désert resplendissant,

Un symbole de nos ignorances

Et une épitaphe des Vikings,

Pour la musique verbale d’Angleterre,

Pour la musique verbale d’Allemagne,

Pour l’or qui brille dans les vers,

Pour l’hiver épique,

Pour le nom d’un livre que je n’ai pas lu : Gesta Dei per Francos,

Pour Verlaine, innocent comme les oiseaux,

Pour le prisme de cristal et le poids de cuivre,

Pour les zébrures du tigre,

Pour les hautes tours de San Francisco et de l’île de Manhattan,

Pour le matin au Texas,

Pour ce Sévillan qui rédigea l’Epître morale,

Et dont, comme il l’eut préféré, nous ignorons le nom ;

Pour Sénèque et pour Lucain, de Cordoue,

Qui avant la langue espagnole écrivirent

Toute la littérature espagnole,

Pour le fier et géométrique jeu d’échecs,

Pour la tortue de Zénon et la carte de Royce,

Pour l’odeur médicinale des eucalyptus,

Pour le langage, qui est capable de simuler la connaissance,

Pour l’oubli, qui annule ou modifie le passé,

Pour l’habitude,

Qui nous répète et nous confirme comme un  miroir,

Pour le matin, qui nous procure l’illusion d’un commencement,

Pour la nuit, avec ses ténèbres et son astronomie,

Pour la vaillance et le bonheur d’autrui,

Pour la patrie, sentie dans les jasmins

Ou dans une vieille épée,

Pour Whitman et saint François d’Assise, qui ont déjà écrit le poème,

Pour le fait que le poème est inépuisable,

Qu’il se confond avec la somme des créatures,

Qu’il ne parviendra jamais au dernier vers

Et qu’il varie selon les hommes,

Pour Frances Haslam*, qui demanda pardon à ses enfants

De mettre si longtemps à mourir,

Pour les minutes qui précèdent le sommeil,

Pour le sommeil et pour la mort,

Ces deux trésors cachés,

Pour les dons intimes que je n’écrirai pas,

Pour la musique, mystérieuse forme du temps.

 

*Grand-mère de Borges

 

Jorge Luis Borges, L’Autre, le Même dans Œuvre poétique 1925-1965. Mise en vers français par Ibarra. Editions Gallimard 1970

©Guillaume HOOGVELD ©2019 pour la photographie des « Amoureux Anonymes Associés » du Palais Graslin, NANTES, 24 avril 2019, 22H47.

 

 

 

Baudelaire / Réversibilité / Reversibility

Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide!
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté;
Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

Charles Baudelaire

 

Reversibility

Angel full of gaiety, do you know anguish,
Shame, remorse, sobs, vexations,
And the vague terrors of those frightful nights
That compress the heart like a paper one crumples?
Angel full of gaiety, do you know anguish?

Angel full of kindness, do you know hatred,
The clenched fists in the darkness and the tears of gall,
When Vengeance beats out his hellish call to arms,
And makes himself the captain of our faculties?
Angel full of kindness, do you know hatred?

Angel full of health, do you know Fever,
Walking like an exile, moving with dragging steps,
Along the high, wan walls of the charity ward,
And with muttering lips seeking the rare sunlight?
Angel full of health, do you know Fever?

Angel full of beauty, do you know wrinkles,
The fear of growing old, and the hideous torment
Of reading in the eyes of her he once adored
Horror at seeing love turning to devotion?
Angel full of beauty, do you know wrinkles?

Angel full of happiness, of joy and of light,
David on his death-bed would have appealed for health
To the emanations of your enchanted flesh;
But of you, angel, I beg only prayers,
Angel full of happiness, of joy and of light!

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

Coordonnées confidentielles pour Happy few

Qu’on arrête avec les contingences et les spéculations, il nous faut en temps réel des nécessités pour liquider les doutes qui font le spectacle défait par son propre blason par son propre rideau.

Il n’y a pas un seul mot d’ordre a exiger, les mots sont en congés, les pixels sont d’impérieuses forces de séduction l’image est toute puissante et plus réelle que la vérité des masques qui veillait il y a peu encore sur les termes de la représentation.

La Play station et le gamin(g) sont l’exécution consentie de l’imaginaire au profit du virtuel, une partie de la vie qui se laisse avaler par des homo vacuums sans même un calcul de probabilités qui les électriseraient.

On donne des électrochocs pour moins que ce type de pratiques inavouables.

C’est l’ennemi du sensible et du délicat. C’est le résultat d’un calcul et d’un mauvais raisonnement gastrique et ballonné dans les voies basses.

Seuls les mots qui rendent fous doivent intégrer l’Agora.

Seuls les mots qui rendent le temps perdu doivent pouvoir être exposés et non imposés.

Aucune imagerie séminale ne nous rendra notre fertilité chahutée par les protocoles.

Vous vouliez du souffre réinventez déjà le sel de la vie qui se précipite sur nous insipide dénaturé par les injonctions qui font le temps partir.

Donner raison aux contrefaçons c’est une autre manière de peindre le vrai comme il est possible de diffuser l’ambiguïté autour de nous.

Je vous souhaite bonne chance dans votre ersatz d’aventure sans dangers sans périls sans anicroches sans accrocs dans une cassation sans horizons peuplées de victoires sans opacité en compagnie de votre canapé chinois en troll impeccables et parfaits

Votre écran mord la main de son maître. Cela devait arriver. C’était déjà écrit par les Anciens.

Ce n’est pas Waterloo qu’on retient dans les libres d’histoire c’est Austerlitz.

C’est pourtant le nom d’une gare et la possibilité de départs bien sympathiques.

 

©Guillaume HOOGVELD #2019 pour le texte
©Léo CHARTREAU #2018 pour l’illustration originale ; qu’il en soit remercié.