Ilarie Voronca / Beauté de ce monde

 

à Léon-Paul Fargue

Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
l’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
la lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
et les veilles auprès du mourant. Et le retour
vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
sombres, recouvraient les jardins à mon approche
la femme aimée tournait de loin sa face aveugle
mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
la charrue dans le champ comme un soleil levant,
félicité, rivière glacée, qui au printemps
s’éveille et les voix chantent dans le marbre
en haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.

Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
et les contrées du rire et la quiétude.
Joyeux, nous marcherons vers la dernière épreuve
le front dans la clarté, libation de l’espoir,
rien n’obscurcira la beauté de ce monde.


Crédits photo ©ALFRED HOOGVELD #1997 POUR ©POÈTES ANONYMES ASSOCIÉS

Rase mon bitume

©GUILLAUME HOOGVELD 199X BOIS COLOMBES RAIL DE JOUR

La vie nous pousse à liquider le sens au profit du semblable
Au profit du vacarme
Et du triangle vert amer
Posé sur un même billet vert
Qui justifie sa valeur à coup de surin sur les peuples 

Il n’y a donc que les taiseurs qui se distinguent par des équations de la peur parfaitement ajustées et préparées

Ceux qui pensent marchent la tête au sol rasant les murs perdant leurs intimes boussoles

Vous
Avez
Perdu
Le
Droit
De
Me
Juger

Je ceinture de plastique poétique
Ma taille de TNT psychédélique
N’aie pas peur petiote
Il est temps de rendre au réel
Le peu qui lui incombe
De démonter la sacro sainte pensée
Qui nous fait riches ou pauvres calmes ou intranquilles capitale ou sous-préfecture
La pensée fait ce qu’elle veut de nous
Elle connaît son territoire de nuisance
Au delà des familiarités
Quand je me mets à penser c’est toujours le chaos une exploration du chaos intime
Poètes retrouvez vos papiers car c’est la pensée qui vous détermine
Et des noms affublés aux fleurs
Ces mots les plus impossibles
À prononcer par cœur

Ciao Chaos Câlin CCC…


©Guillaume HOOGVELD ©2018 pour le texte et la photographie, 199X©

Sur les nuages obscurs de l’Amour

 

Ce texte est dédié à la présence subliminale d’Alexia Desfourneaux.

 

L’ Amour n’est pas soumis aux rayons feu-follet ni aux flammes violettes qui détachent le bien d’un mystérieux trésor. Je n’ai rien à ajouter. Toi oui.

Fin du fond les choses qui ne sont pas faciles à dire. Le reste c’est pour le détecteur de mensonge.

L’ Amour est un climax étendu sur le reflet d’un couteau halluciné par un étranger qui va tirer quatre fois sur un gisant à terre qui aura perdu de sa superbe au gré des douilles.

L’ Amour est une réunion de droites sécantes et indécentes qui n’auraient jamais du se rencontrer
Dans un espace-vide qui ne s’attend pas à ça
Pourtant profilé pour ça

Trop androgyne pour être vrai
Avec ce sourire habité par la chaîne que des pieds au cortex nous nous escrimons à faire mouvoir

Un corbillard et 4 clous de nombreuses béatitudes même s’il n’y aura plus de sermons sur nos montagnes

Les béatitudes resteront traduites dans toutes les langues au même titre que l’injustice

L’ Amour est celui qui donne de l’eau oxygénée quand on faim
Et une éponge humectée de vinaigre quand on a soif

Un geste familier
Ta main sur ma joue ma blessure incomprise comptine lentement qui se formule et se dessine

Apprenez-moi comment réunir l’affection et tous les quadrilatères de la raison de toutes les latitudes.

Il n’y aura jamais eu qu’une seule option pour changer la vie

À tout le moins pour éviter la multiplication du rien.

 

©Guillaume HOOGVELD #2020 pour le texte
©Henri MICHAUX pour la peinture. Droits réservés.

 

MICHEL HOUELLEBECQ in « Les Particules élémentaires », Paris, Flammarion, 1998

« Il est difficile d’imaginer plus con, plus agressif, plus insupportable et plus haineux qu’un pré-adolescent, spécialement lorsqu’il est réuni avec d’autres garçons de son âge. Le pré-adolescent est un monstre doublé d’un imbécile, son conformisme est presque incroyable ; le pré-adolescent semble la cristallisation subite, maléfique (et imprévisible si l’on considère l’enfant) de ce qu’il y a de pire en l’homme. Comment, dès lors, douter que la sexualité ne soit une force absolument mauvaise ? Et comment les gens supportent-ils de vivre sous le même toit qu’un pré-adolescent ? Ma thèse est qu’ils y parviennent uniquement parce que leur vie est absolument vide ; pourtant ma vie est vide aussi, et je n’y suis pas parvenu. De toute façon tout le monde ment, et tout le monde ment de manière grotesque. On est divorcés, niais on reste bons amis. On reçoit son fils un week-end sur deux ; c’est de la saloperie. C’est une entière et complète saloperie. En réalité jamais les hommes ne se sont intéressés à leurs enfants, jamais ils n’ont éprouvé d’amour pour eux, et plus généralement les hommes sont incapables d’éprouver de l’amour, c’est un sentiment qui leur est totalement étranger. Ce qu’ils connaissent c’est le désir, le désir sexuel à l’état brut et la compétition entre mâles ; et puis, beaucoup plus tard, dans le cadre du mariage, ils pouvaient autrefois en arriver à éprouver une certaine reconnaissance pour leur compagne – quand elle leur avait donné des enfants, qu’elle tenait bien leur ménage, qu’elle se montrait bonne cuisinière et bonne amante ; ils éprouvaient alors du plaisir à coucher dans le même lit. Ce n’était peut-être pas ce que les femmes désiraient, il y avait peut-être un malentendu, mais c’était un sentiment qui pouvait être très fort – et même s’ils éprouvaient une excitation d’ailleurs décroissante à se taper un petit cul de temps à autre ils ne pouvaient littéralement plus vivre sans leur femme, quand par malheur elle disparaissait ils se mettaient à boire et décédaient rapidement, en général en quelques mois. Les enfants, quant à eux, étaient la transmission d’un état, de règles et d’un patrimoine. C’était bien entendu le cas dans les couches féodales, mais aussi chez les commerçants, les paysans, les artisans, dans toutes les classes de la société en fait.

Aujourd’hui, tout cela n’existe plus : je suis salarié, je suis locataire, je n’ai rien à transmettre à mon fils. Je n’ai aucun métier à lui apprendre, je ne sais même pas ce qu’il pourra faire plus tard ; les règles que j’ai connues ne seront de toute façon plus valables pour lui, il vivra dans un autre univers. Accepter l’idéologie du changement continuel c’est accepter que la vie d’un homme soit strictement réduite à son existence individuelle, et que les générations passées et futures n’aient plus aucune importance à ses yeux. C’est ainsi que nous vivons, et avoir un enfant, aujourd’hui, n’a plus aucun sens pour un homme. Le cas des femmes est différent, car elles continuent à éprouver le besoin d’avoir un être à aimer – ce qui n’est pas, ce qui n’a jamais été le cas des hommes. Il est faux de prétendre que les hommes ont eux aussi besoin de pouponner, de jouer avec leurs enfants, de leur faire des câlins. On a beau le répéter depuis des années, ça reste faux. Une fois qu’on a divorcé, que le cadre familial a été brisé, les relations avec ses enfants perdent tout sens. L’enfant c’est le piège qui s’est refermé, c’est l’ennemi qu’on va devoir continuer à entretenir, et qui va vous survivre. »

©MICHEL HOUELLEBECQ in « Les Particules élémentaires », Paris, Flammarion, 1998, P209

©Guillaume HOOGVELD ©2018 pour la photographie

Guillaume HOOGVELD/ NON NADA NICHT !

Apocalypse de ASHTRAY

NON !

NADA !

NICHT !

« Dar ist kein warum »
Ici il n’y a pas de pourquoi*

Non tu n’iras pas loin
Les trains ne partiront pas vous connaitrez la fausse rédemption

Non
Tu ne feras pas d’aller-retour à la Vie par la sève
Comme médium
Et le rêve comme réveil
Quand on a pas de prise au somme
Qu’on ne ferme plus les yeux même pour un simple rêve il faut montrer son ADN
Du bout des nuits
Du bout des bois

NON !

Force à l’imaginaire Résistance !
Nuit aux images
passer et revenir
Du monde de la veille passablement partagé extérieur nuit

Non aux points cardinaux
Les capitales ne sont plus que des lettres en majuscule
Paris à perte de vue a perdu sa capitale
Notre Dame pétard mouillé

Non A n’était personne et pas ton ami
Il te ressemblait pourtant du macadam brut aux herbes folles
Qui aurait donné son nom à l’absinthe
Ou à tout autre forme de changement d’état
de la barbarie aux droits de l’homme
Puis de la tolérance à tous les étages

Un alcaloïde de plus d’opium pour renverser l’état des lieux

Pour que l’imaginaire n’ait pas besoin d’être gravé et rappelé par la chair

Un alcaloïde de plus pour faire taire la douleur du sang qui sort de l’œil avisé halluciné parce qu’il voit trop bien

X t’as proposé un regard viralement vu du ciel disséminé parmi les jaunes
Les amours jaunes de la misère
Ceux de Tristan Corbière

Que poussera-t-il après ce glissement de peuples sans histoire hantés par la famine et par le spectacle

X t’as glissé un regard foulé au pied avant même que cela vire à la folie

NON

Pas de première chance !
Les sentiments sont émaillés empaillés raillés

NON

Pas de seconde chance !

Vous vous croyez où ?
Sur la terre ?
Vous croyez qu’il suffit d’avoir raison pour avoir justice
Ils ont préféré Barabas cette racaille à Dieu

Un petit pas pour l’homme
Des millions de pas pour les humiliés
Un petit pain toujours trop petit à venir dans les geôles aux germes 24 carats

NON

Monsieur vous n’avez rien à dire
Il pleut en vous trop de sanglots un soupir de fusain
Une famine
Une famine
ou de l’encre de Chine
La nouvelle forme de l’intime

Vous n’avez rien à dire face à la loi
Même si vous êtes appelés à la connaître
Quand bien même vous avez tout tenté pour se ranger dans ses entrailles
C’est ceux qui font la loi qui font les armes idem

Les crédos de ce monde sont tatoués dune énumération sur billet vert et son œil unique encadré d’une pyramide

Vous n’avez ni sang ni sens sur la table
Vous n’en finissez pas de parler avec des signes
Vous savez qu’il ne suffit pas d’être à l’heure et d’ une clef cinq points biométrique pour se barricader avec ses lingots pour conserver sa valeur

Non monsieur le juge
Entre vous et le moins il n’y a plus
Aucun sens sur l’assiette ni soudainement satiété

Il va falloir inventer un nouveau langage une nouvelle économie un nouveau climax entre les hommes

Je me tais soudainement seul je n’ai rien à observer
Je me sens tout petit
Je me sens victime un jour bourreau une autre victime encore un autre coupable
l’amour un quart d’heure par vie se présente à moi
Une croisade
Une épopée
La découverte de l’Amérique valait bien la disparition des indiens

NON

Vous n’avez partout sur la planète que ce mot à la bouche hommes de la Banque ou femmes fatales du spectacle
Personnages tristesse de la gratification sociale
Adieux aux putains prévues pour ĺa signature de la transaction
Divine surprise des bombes à fragmentation pour répondre à une fiole d’anthrax au show de l’Onu

Nous n’irons plus au cinéma
Trop de lifting a Hollywood
Le nouveau spectacle est propre comme le phosphore blanc des neiges
TNT on t’aimait bien tu as fait ton temps
Le phosphore blanc
laisse de l’ordre sur les cibles tous les meubles restent droits et on dirait qu’Hiroshima était du cinéma

Tout est renversé
plutôt Mesrine qu’Aragon
Plutôt Barabas que le Christ
Photo Joseph que Staline
Plutôt la vie les mauvais scores les mauvais sorts
En dernier réseau ressort

NON

Je suis celui celle qui refuse tout sourire de laisser tomber son scénario à de son mal de dos
Je me suis rendu pour rien à plusieurs endroits

Je suis déclassé avant tes souvenirs transformés en regrets

Il fut un temps où on avait le respect des mots et de leurs contextes

Où j’aurais eu ma place

Je n’ai donc rien à ajouter à ma propre défense sinon l’imagination parmi mes premiers sillons
Un 33 tours au goût du jour

NON Stop
Vous avez perdu la politesse de la critique

Vous avez perdu le droit de me juger

NON je refuse votre usure et votre collection d’œuvres d’art spoliée happée des mains de son démiurge

Vous O establishment
O fonctionnaires
Planqués des ministères
Gouverneur des invalides
Je voudrais emprunter vos piloris votre cadastre votre horizon du ciel vos services de renseignement jusqu’à faire éclater la bulle en nanosecondes

Nous n’aurons rien à faire d’autre qu’à fatiguer ce système à le désabuser à l’éreinter à le rendre pitoyable ce qu’il est en somme jusqu’en ses fonts baptismaux

Car le temps des contrefaçons nous encercle

Car il y a un système et des complots a géométrie variable qui ne relèvent pas de la paranoïa

Hébergé dans des palais bunker où il y a un badge pour chaque couleur
On se croirait en 1945 dans les habits d’Hitler à l’envers

NON Monsieur…

Je vous dénie ce droit à la tranquillité vous devez avoir peur pour mieux produire je ne regarde pas vos yeux votre CV est proportionnel à votre dignité

Vous n’êtes personne vous n’êtes pas Bankable, vous êtes fichés Banane de France

BDF Officine d’opérette qui ne frappe pas sa monnaie vous êtes reclus derrière une vitre fantôme à cocher des cases à disposer des vies O fonctionnaires de la banqueroute

La liberté se paie fortissimo

NON

Vous n’aurez jamais de facilités de paiement que des difficultés graves sur les livres cachés par de la cire faite de sang

NON

Monsieur Je vous demande de vous taire vous n’avez pas le ratio suffisant dans votre notation pour exprimer quoi que ce soit

NON

Monsieur reculez de deux pas en arrière vous êtes une masse qui n’a pas de complément d’objet direct qui pourrait vous garantir l’amour

Sur le marché de l’amour vous êtes sans espoir de rencontres « unbankable » sans espoir d’être sauvé

NON

Vous êtes tombé sur un ADN aux multiples formes de faiblesses irréversibles

Débrouillez vous avec l’apocalypse de St Jean demandez lui la démarche à suivre pour vous exfiltrer de ces faux pas…

NON d’un chien
Stoppez doléances et condoléances
Vos blessures ont un langage
Vos blessures ont la rage

Vous avez dépassé toutes forme de possibilités

Adressez-vous à Dieu

*Primo Levi, « Si c’est un homme »

©2019 Guillaume HOOGVELD pour le texte
©Charlie COLE, Photo du « Tank man », place Tiananmen, le 5 juin 1989.