Archive for décembre, 2011

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas, Parcours musical sur supports on décembre 29th, 2011 by admin – 39 Comments

GOLDBERG VARIATIONS 1955 / GOULD

ARVO PART ARBOS

SONATAS & PARTITAS VIOLIN / NATHAN MILSTEIN

CLAVIER BIEN TEMPERE I & II BOOK / RICHTER

Chronos sauvage

Posted in NOUVEAUX FORFAITS TEXTUELS des membres on décembre 19th, 2011 by admin – Commentaires fermés sur Chronos sauvage

Il ne faut pas que je dépasse mon propre tempo intérieur, mon chronos sauvage

afin que la durée que j’investis ne s’étende en territoire ennemi

Le temps me repousse aux marges

une inertie circulaire parfaitement huilée

et une concentration de flux à peine contenu

dans un espace sécurisé

La théorie du Chaos pour les happy few : l’hypothèse la plus enchantée sur l’univers

Posted in Le Chaos et l'ordre on décembre 19th, 2011 by admin – 34 Comments

 

  Du chaos à l’ordre

 

 

De nombreux exemples semblent montrer que l’ordre et le chaos sont dynamiquement et mystérieusement entremêlés : des systèmes complexes peuvent engendrer simultanément de la turbulence et de la cohérence, du désordre et des îlots d’ordre à l’intérieur du désordre.

 

La Grande Tâche Rouge de Jupiter est un immense ovale de la taille de la Terre tourbillonnant comme une gigantesque tempête qui ne déplace ni ne s’épuise jamais. Avant la sonde Voyager, de nombreuses théories avaient tenté de l’expliquer : lac de lave, trou formé lors de la collision d’un planétoïde, nouvelle lune sur le point de se détacher de la surface de la planète, corps plus ou moins solide flottant dans l’atmosphère, colonne de gaz émergeant d’un cratère, … En 1985, Philip MARCUS un jeune chercheur en astronomie et mathématiques appliquées modélisa la formation de la tâche rouge : de petits vortex se forment et se regroupent pour constituer une tâche plus grande et plus stable. Cette tâche est un système auto-organisé, engendré et régulé par les mêmes variations non linéaires à l’origine de l’agitation imprévisible qui l’entoure. C’est un chaos stable.

 

En mer, loin des côtes, se manifeste un autre type de turbulence. D’ordinaire, des remous apparaissent, se déchaînent et se dissipent dans le chaos familier des bas-fonds océaniques. Pourtant, des chercheurs ont découvert qu’il était possible que se produise un événement défiant le bon sens et les lois de la science. En plein cœur du fracas des vagues, le chaos aquatique s’orchestre lui-même, synchronise son désordre et se métamorphose en une seule vague régulière (un soliton) capable de parcourir des milliers de kilomètres au beau milieu des bateaux et à travers des tempêtes sans que sa forme subisse la moindre variation.

 

Les scientifiques envisagent qu’une autre forme de chaos synchronisé ait pu sévir en ce tristement célèbre « Lundi noir » d’octobre 1987, lorsque les cotations en bourse chutèrent de manière vertigineuse partout dans le monde. Leur hypothèse est la suivante : les échanges gérés par ordinateur et les réseaux de communication instantanée reliant les différents marchés à travers le monde auraient créé une situation dans laquelle des informations relativement pessimistes auraient pris des proportions exagérées. En l’espace d’une seule journée les comportements stochastiques et indépendants des investisseurs seraient alors combinés pour créer une catastrophe financière.

 

5.1 La  » mémoire  » du monde non linéaire

 

Le physicien Enrico FERMI démontra en 1955 que lorsque de l’énergie, sous forme de chaleur, est transmise au métal, elle provoque une vibration collective du réseau d’atomes, en produisant une  » note  » unique. En fait, il existe un grand nombre de notes ou modes vibratoires différents à l’intérieur du réseau et chacun d’eux est associé à une énergie caractéristique. A l’aide d’un modèle mathématique contenant cinq notes ou modes, il transforma le sage réseau linéaire en une arène de solitons. Les cinq modes furent activés l’un après l’autre. Jusqu’à 2500 itérations de l’équation, l’énergie était répartie de façon homogène entre les cinq modes, mais au-delà l’énergie se concentrait dans l’un ou l’autre des modes. Après 30.000 cycles, l’énergie n’obéissait plus du tout au principe d’équipartition mais s’était à nouveau rassemblée dans le premier mode !

 

Le calcul informatique indiquait que le réseau non linéaire disposait d’une sorte de  » mémoire « , inexistante chez son équivalent linéaire. Pour peu qu’on lui laissât suffisamment de temps, le système retournerait indéfiniment à l’état qui était le sien lorsqu’il reçut sa première bouffée d’énergie. D’après l’analyse du modèle de Fermi, le phénomène met en jeu la formation d’un soliton d’énergie.

 

Le modèle est révélateur puisqu’il démontre que le monde non linéaire est holistique; c’est un univers dans lequel tout est interconnecté, et dans lequel doit dès lors toujours exister un ordre subtil. Même ce qui apparaît désordonné en surface renferme un degré élevé de corrélation implicite. Parfois cette corrélation sous-jacente peut être déclenchée et émerge alors pour donner une forme au système. Le comportement du soliton est dès lors un miroir du chaos. D’un côté du miroir, le système ordonné s’effondre, victime d’un chaos attracteur ; de l’autre, le système chaotique découvre dans ses interactions la potentialité d’un ordre attracteur. D’un côté, un système simple et régulier révèle sa complexité latente. De l’autre, la complexité dévoile sa cohérence implicite.

 

Le soliton océanique illustre bien cette cohérence implicite. Selon certains scientifiques, la surface de l’océan est hautement modulée de sorte qu’elle contient en fait une réminiscence de toutes ses structures antérieures. Les vagues géantes qui apparaissent occasionnellement peuvent être considérées comme une émergence de la mémoire de l’océan sous la forme d’un soliton.

 

5.2 Le non-équilibre source de structure

 

Le comportement des solitons semble étonnant, mais du point de vue d’Ilya PRIGOGINE – lauréat du prix Nobel de Chimie 1977, l’émergence soudaine de l’ordre hors du chaos est la règle plutôt que l’exception. D’après lui, l’équilibre est l’état d’entropie maximum dans lequel les molécules sont paralysées ou se déplacent de manière aléatoire. Rappelons que l’entropie est la quantité qui mesure le désordre dans un ensemble d’atomes et de molécules.

 

L’équilibre est synonyme de non-structure et de stérilité, alors que le non-équilibre implique organisation et créativité. Nous l’observons tous les jours lorsque nous faisons bouillir de l’eau dans une casserole pour notre tasse de café du matin. La chaleur se transmet tout d’abord du fond à la surface par conduction. Le flux dans le liquide est régulier et sans-à-coups. C’est une situation proche de l’équilibre. En revanche, lorsque l’on continue à chauffer, la différence de température entre les deux régions augmente ; on atteint alors un état loin de l’équilibre et la gravité commence à exercer une attraction plus forte sur la couche supérieure, qui est plus froide et par conséquent plus dense. Des remous et des tourbillons apparaissent partout dans le liquide, qui devient de plus en plus turbulent jusqu’à ce que système frise le désordre complet. Le point de bifurcation critique est atteint lorsque la chaleur ne peut se disperser assez rapidement sans l’aide de courants de convection à grande échelle. A ce stade, le système quitte son état chaotique et les remous auparavant désordonnés se transforment à un réseau de courants hexagonaux : les cellules de Bénard. Augmentez encore la chaleur et les cellules de Bénard se dissolvent dans le chaos. L’instabilité de Bénard est un  » phénomène spectaculaire  » produit par des millions et millions de molécules qui se meuvent soudain de façon cohérente.

 

De toute évidence, une des propriétés du chaos loin de l’équilibre est sa capacité d’auto-organisation. Un autre exemple frappant d’auto-organisation a été observé dans la réaction chimique dite de Belossov-Jabotinski.

 

On injecte un mélange chimique dans un bain de molécules  » colorées  » en rouge et en bleu. Tant que le taux d’injection reste faible, le système est près de son état d’équilibre et rien d’extraordinaire ne se passe ; toutes les couleurs restent mélangées ensemble. Mais quand le taux d’injection dépasse une valeur critique, le système chimique passe à un état de non-équilibre, et un spectacle étonnant se produit : tout le mélange vire d’un coup au rouge. Deux minutes passent, et la couleur du mélange entier vire au bleu. Encore deux minutes et c’est le rouge qui revient et ainsi de suite.

 

L’organisation de la réaction chimique se fait à la fois dans le temps et dans l’espace. Deux sortes de structures spatiales extraordinaires apparaissent : soit des ondes circulaires concentriques de couleur bleue qui se propagent sur un fond rouge à partir d’une source centrale vers l’extérieur, soit des structures spirales bleues qui tournent comme des roues de charrette autour d’un centre, également sur un fond rouge.

 

Des scientifiques sont récemment parvenus à reproduire sur ordinateur la croissance de structure de la réaction de Beloussov-Jabotinsky en utilisant des équations non linéaires itératives.

 

De nouveau, nous constatons que les milliards de milliards d’atomes présents dans le mélange chimique ont un comportement holistique, qu’ils suivent un plan global. Un tel degré d’ordre émanant de l’activité de milliard de molécules semble incroyable et, de fait, si les horloges chimiques n’avaient pas été observées, personne ne pourrait croire qu’un tel processus soit possible.

 

Dans le cas de l’eau qui bout, comme dans celui du mélange chimique, quand le système est poussé au-delà d’un seuil critique, il peut sortir de son état d’équilibre pour bifurquer vers un état d’auto-organisation hautement structuré. Ilya Prigogine appelle ce genre de mélange chimique un système « dissipatif » car celui-ci doit dissiper de l’énergie pour maintenir les structures qui se développent. Telle une ville qui n’existe que tant qu’elle fonctionne et qu’elle maintient des échanges avec l’extérieur, la structure dissipative disparaît quand elle n’est pas  » nourrie « . Le système peut aussi bifurquer vers un état totalement chaotique si le taux de pompage augmente. C’est comme si la matière inanimée possédait une volonté propre.

 

Les chimistes baptisent ces réactions « auto-catalyse » et « auto-inhibition » parce qu’elles mettent en jeu des processus au cours desquels les produits de certaines étapes rétroagissent pour leur propre production ou pour leur propre inhibition – comme quelque chose de vivant.

                Réaction de Belosov-Jabotinsky

 

La théorie du chaos met ainsi en évidence la présence d’une auto-organisation au sein de la matière. Lorsqu’on s’éloigne de l’équilibre, on découvre de nouvelles situations, parfois plus organisées qu’à l’équilibre. Cela se produit à des points particuliers, qui correspondent à des changements de phase de non-équilibre, que Prigogine appelle des points de bifurcation. Une bifurcation dans un système est l’instant vital où une chose aussi petite qu’un simple photon d’énergie, une légère fluctuation de la température extérieure, un changement de densité ou la battement d’ailes d’un papillon à Hong-Kong est amplifiée par itération jusqu’à une taille telle qu’un embranchement est créé et que le système part dans une nouvelle direction.

 

Au fil du temps, des cascades de points de bifurcation amènent le système à se fragmenter (doublements de période) vers le chaos ou à se stabiliser dans un nouveau comportement par l’intermédiaire d’une série de boucles de rétroaction qui couplent le nouveau changement à son environnement. Une fois stabilisé par sa rétroaction, un système qui est passé par une bifurcation peut résister à des changements ultérieurs jusqu’à ce qu’une nouvelle perturbation critique amplifie la rétroaction et crée un nouveau point de bifurcation. A ces points de bifurcation, le système subissant un flux est confronté à un  » choix  » d’ordres. La rétroaction interne de certains de ces choix est à ce point complexe qu’il existe, de fait, une infinité de degrés de liberté.

 

Les points de bifurcation sont les bornes de l’évolution du système ; ils cristallisent l’histoire du système. Cachés dans toutes les formes et processus qui nous rendent uniques – dans les réactions chimiques de nos cellules et la forme de nos réseaux nerveux – se trouvent des milliers et des milliers de points de bifurcation constituant une chronologie vivante des choix par lesquels nous avons évolué en tant que système, de la cellule unique primordiale à notre forme présente.

 

A chaque point de bifurcation du passé de notre système, un flux survient dans lequel de nombreux futurs existent. Par itération et l’amplification du système, un futur est choisi et les autres possibilités disparaissent à jamais. Ainsi, nos points de bifurcation constituent une carte de l’irréversibilité du temps.

 

Le temps est inexorable et cependant dans les bifurcations, le passé est continuellement recyclé, maintenu éternel, en quelque sorte – puisqu’en stabilisant par rétroaction le chemin de bifurcation qu’il emprunte, un système incorpore les conditions exactes de l’environnement au moment où survient la bifurcation. Un vestige de la mer primaire reste dans les réactions chimiques liant les mitochondries de nos cellules au cytoplasme qui les entoure ; l’héritage de l’Age des reptiles est tapi dans la structure du système d’activation réticulaire de notre cerveau, qui régit notre niveau d’éveil.

 

Ainsi, la dynamique des bifurcations révèle que le temps est irréversible et cependant cumulatif. Elle démontre également que le mouvement du temps n’est pas mesurable. Chaque décision prise à un point de branchement nécessite l’amplification d’une chose initialement petite. Bien que la causalité agisse à chaque instant, le branchement s’effectue de manière imprévisible.

 

Les systèmes sont hautement sensibles à proximité de ces zones qui constituent la  » mémoire  » cristallisée de bifurcations passées. Les nations ont généralement évolué au travers de bifurcation liées à des situations de conflit intense. Elles sont donc hautement sensibles aux types d’informations qui recréent ces bifurcations. Un simple titre dans un journal peut mobiliser une nation entière pour la guerre.

 

A propos de la théorie du Big Bang, Prigogine dit :  » L’Univers débute par une bouffée d’entropie (chaos) qui laisse la matière dans un état organisé. Ensuite, la matière se dissipe lentement et engendre dans cette dissipation, comme produit secondaire, des structures cosmologiques, la vie et finalement, nous. Vous voyez, il y a tellement d’entropie dissipée que vous pouvez l’utilisez pour construire quelque chose. « . D’après lui, la nature réelle est toujours entropique, turbulente et irréversible. Elle doit être envisagée comme une trame dynamique changeante et non comme une pyramide mécanique et hiérarchique.

 

 

Synthèse de Pete Flyer à partir d’un ouvrage de James Gleick « La Théorie du Chaos » ©

 

Fraternité

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on décembre 9th, 2011 by admin – 42 Comments

Pour mon frédo

Discret, mais sûr,
Aux émotions paradoxales et précieuses…


Je ne saurais habiter l’Homme
Sans oser le devenir

L’avenir est ponctué de points de sutures points suspendus de contrôles
Postes-frontières
Où il est bienvenu et conseillé de feindre l’anonymat

Aujourd’hui
Mais hier aussi
Je suis interdit d’indécision
Et mon instinct se replie dans le souvenir,
Antichambre du passé

Je tremble devant tout exécutif
Je ne légifèrerai jamais le droit aux larmes

fussent-elles fraternelles

Le droit aux larmes c’est la pitié qui renchérit
sur le dos de l’Homme qui accroit sa maîtrise

En faisant miauler la mélancolie vers l’agilité du félin
Je me replie aux Assises,
Enfance                       absence trop exigeante
Moi et toi mon fred      Novembre 11

Je vais laisser la virgule flottante aux chercheurs en arithmétiques pures
Pour m’assommer de songes d’elfes, de fées et de pouvoirs subliminaux
Où toi mon frère tu seras mon marchand de sable
Courtier en ravissements éblouissants
Créant par tes brumes ténébreuses ce soleil insivibles des rêves

De ce pas en suivant tes cartes de trésors
Je me distingue dans les vapeurs et tout engourdi,
Voguant loin de mes multiples et milliers petits ennuis
sinusoides tissant l’envers de notre décor

GUILLAUME HOOGVELD NOV 2011©

Impossible manuscrit

Posted in POESIE LIVE - NOUVELLES PRODUCTIONS de Guillaume HOOGVELD on décembre 9th, 2011 by admin – Commentaires fermés sur Impossible manuscrit

L’impossible tend la vie
Le réel la démet
L’impossible donne à agir
Le réel se résigne

L’impossible est un faisceau
Le réel demeure une ombre :

SOYEZ PRÊTS POUR LA JOIE !

Guillaume HOOGVELD 2005© Re-Post2011®

Illustration originale de Charlotte HAMEL 2009©

Un jour nous sommes tombés du paradis

Posted in NOUVEAUX FORFAITS TEXTUELS des membres on décembre 9th, 2011 by admin – 35 Comments

Un jour, nous sommes tombés du Paradis

Par Yann BOUVARD

        Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Bien avant l’arrivée dans ce monde étrange et teinté d’ exotisme, nous avions déjà choisi avec beaucoup de précaution nos vêtements: certains pour les étés irradiés du soleil, d’autres pour les hivers brumeux, fades et tristes. En effet, pour nous, les éternels voyageurs, de telles explorations ne se préparent jamais à la légère. Au contraire, elles se caractérisent avant tout par leur extrême gravité, vu  l’ampleur des enjeux que nous y mettons.

Voyager signifie pour nous réaliser du mieux possible un seul et unique rêve. Ce rêve s’avèrerait être franchement des plus étranges pour les autochtones, qu’ils prendraient pour de la pure folie, si seulement ils en avaient connaissance. Il s’agit de nous consumer, ici-bas, dans l’Ame qui enflamme secrètement le foyer de notre existence et illumine invisiblement le monde de sa pure présence.

 

        Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Le coeur vibrant, nous sommes naturellement cette possibilité qu’a l’Ame de pénétrer l’insouciance de ce monde.

        Nous éprouvons constamment et secrètement notre rêve: il obsède nos jours et nos nuits et conditionne jusqu’au moindre de nos gestes quotidiens. Une telle exigence nous confine forcément à la solitude et l’isolement. Dans quelque lieu de vénération reculé ou dans le silence de notre chambre, il arrive qu’en plein recueillement dans notre silence, nous nous embrasions, subitement. Le coeur brûlant, battant à tout va, nous portons alors notre regard transfiguré sur le monde bien morne des autochtones. Parfois, surtout lorsque rien ne le laisse présager, cette voix mystérieuse et sans visage jaillit  des tréfonds notre être, et nous interpelle: «Où étais-tu? Ne sais-tu pas que je te cherche depuis que les mondes sont mondes?».

De telles plongées dans ces expériences vertigineuses et familières de nos espaces intérieurs nous rappelle brusquement à notre état originel, avant que nos nombreux voyages chez les autochtones aient commencé. Nos retrouvailles soudaines avec l’Ame qui nous anime sont ces journées radieuses que nous aimons tant parce que baignées du Soleil. Elles succèdent toujours aux longues nuits hivernales que nous éprouvons ici-bas.

 

        Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        En effet, au cours de ces nombreux voyages, il nous arrive souvent d’en oublier le sens quand, immergés dans le monde franchement grisâtre des autochtones, nous nous plaisons à l’idée insidieuse d’être comme eux. Nos longues nuits sont alors autant de torpeurs où nous errons, sans attache, sans aspirations véritable, au gré des jours qui se succèdent avec leur lot de triste banalité.

Notre tragédie vient de notre ressemblance apparente aux autochtones. Comme eux, nous sommes immergés dans la finitude de ce monde et son lot de contingences. Nos visages et nos corps sont identiques aux leurs et comme eux, nous mangeons, nous dormons, nous travaillons, avec le soucis constant du pain quotidien. Bref, comme les autochtones, nous sommes au monde. Seulement, nous, les voyageurs, nous ne sommes pas du monde.

Soumis malgré nous aux tracas de telles contingences, il n’est pas rare que nous pleurions en silence le souvenir nostalgique de notre véritable demeure: nous subissons la   terrible expérience l’exil. Malgré nos incessantes tentatives, nous avons toujours eu beaucoup de mal à composer avec la vie formatée et dénuée d’aspirations véritables des autochtones. Nous sommes si différents! N’avons nous pas pour rêve ultime d’incarner l’Ame dans l’inertie de ce monde?

 

Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Notre différence ne réside donc pas dans notre apparence. Le rêve fou qui nous habite n’a rien de visible ni de palpable. Il est ce sceau secret que nous portons invisiblement sur notre front, comme notre emprunte indélébile. Seuls nos semblables sont amènes à reconnaître ce sceau, et c’est pour cela qu’au hasard des chemins, lors de nos rencontres, nous nous saluons avec empressement et discrétion.

        En présence des autochtones en surnombre, il vaut mieux ne jamais dévoiler notre différence. Trop nombreux sont ceux qui chez eux verraient là un grand péril pour leur existence routinière, grisonnante et sans relief.

        D’ailleurs, les autochtones ne veulent surtout pas imaginer la possibilité de notre existence parmi eux, combien même certains d’entre eux la soupçonnent secrètement. La noblesse de notre rêve leur seraient en horreur. Ils verraient dans l’éclat de l’Ame qui nous habite les suprêmes dangers. L’expérience éprouvée de l’insondable gouffre séparant leur réalité de la notre risquerait de les anéantir sur le champs ou de les rendre fous. Et si par malheur certains y survivaient, ils nous assassineraient certainement!

 

        Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Poser nos pieds sur terre, plonger notre attention en nous-même et porter notre regard vers le Ciel, c’est menacer l’ordre établi des autochtones. Ces derniers s’y complaisent  en se rassurant de leurs fausses certitudes et de leurs croyances grégaires. Cette réalité que nous autres mettons à nu s’avère être malheureusement dénuée de toute lueur véritable et de toute aspiration aux cimes.

        L’Ame ne se laisse jamais posséder par l’inertie et la pesanteur, dans lesquelles les autochtones trouvent leur sécurité et se figent. C’est la raison pour laquelle nous autres, infatigables voyageurs, sommes toujours en chemin. Que ce soit en chambre ou le bâton à la main, nous ne trouvons jamais de repos au cours de nos pérégrinations intérieures.

 

Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

Les nuits mystérieuses et claires, le temps semble comme suspendu dans le firmament. Nous aimons ces nuits que, solitaires, nous contemplons inlassablement. Nos coeurs alors palpitent et s’élèvent à la vision d’une telle plénitude.  Elles sont en effet le parfait reflet de la nuit de lumière qui repose silencieusement en nous.

        Nous avons soif de laisser l’Ame éclater au grand jour. Nous puisons la force de nos voyages et de nos marches  perpétuelles dans l’idée seule de n’être plus qu’Un avec elle. Devant une telle ambition, impossible à réaliser totalement, nos fréquents voyages parmi les autochtones ne peuvent être qu’une tentative, l’esquisse de ce rêve fou qui nous dépasse de très loin. Nous le devinons cependant toujours au plus profond de nous-mêmes.

 

        Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Faute de parvenir à fusionner totalement avec l’Ame, nous avons toujours le secret désir d’inscrire ici-bas notre court passage comme une lueur, un éclat, un haut fait d’arme.  Bien qu’invisible pour les autochtones, au moins notre voyage se scellera dans le Firmament.

        Nous, les infatigables voyageurs, ne partons pas dans les éclats de la fanfare, dans les honneurs ou sous les applaudissements. Nous partons simplement par la petite porte, comme nous sommes venus: sur la pointe des pieds. Mais nous partons toujours les mains marquées par l’ampleur de notre dure et invisible labeur, notre rêve nourri par les mille trésors éclatants que nous avons su y laisser germer. Nous partons le coeur aimant.

        Alors, une nouvelle étoile naitra dans l’éternel silence de nos nuits éclairées. C’est avec notre rêve secret seul que nous repartirons au loin, riches de l’expérience de notre voyage, le sourire d’un ange posé sur notre visage.

 

Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

        Les nuits sans étoiles, nous imaginons avec tristesse notre lointaine patrie, et cherchons du regard quelque signe aux confins des étoiles pouvant nous rappeler à elle. Notre rêve secret semble lui-même s’évanouir, insidueusement. Seuls alors demeurent pour nous la douloureuse réalité de notre corps et sa pesanteur. A l’aube de telles nuits éprouvantes, alors que les autochtones s’attèlent machinalement à leurs activités quotidiennes, nous nous laissons lourdement tomber à terre, harassés et terrassés par de telles nuits intérieures.

Il arrive que même le sommeil ne vienne pas. Les heures et les journées passent alors et se ressemblent terriblement. Le sens lui-même que nous avons mis en  nos voyages semble n’être qu’un trop lointain souvenir. Pour tuer le temps, du haut de notre fenêtre, nous regardons tristement ces autochtones qui rient aux éclats, sans doute en chemin pour quelque troquet. L’exigence extrême que nous mettons à nos enjeux sont devenus notre pesanteur.

 

Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

Mais un matin, contre toute attente, nous entendons à nouveau l’appel:«Où étais-tu? Ne sais-tu pas que je te cherche depuis que les mondes sont mondes?». Derrière nos fines eaux troubles, l’Ame nous effleure alors de son radieux sourire. Ce simple effleurement illumine nos visages, éclatants à nouveau de lumière, de légèreté et de joie.  Notre pesanteur passée n’est plus qu’un mauvais rêve à l’existence douteuse. Vaillants, nous reprenons nos bâtons de pèlerin en quête de nouvelles cimes.

Pour tout cela, nous ne vous en voudrions pas si, après avoir lu ces quelques lignes, croisant l’un des nôtres au hasard des chemins, dans un brusque moment d’illumination, vous vous mettiez à fuir dans tous les sens, les bras levés en maudissant le Ciel, les yeux hagards, injectés de sang, bavant, gémissant de rage, hurlant d’épouvante…

 

Un jour, nous sommes tombés du Paradis.

Cela expliquerait tout…

 

YANN BOUVARD©

A Jamais Jadis

Posted in POESIE LIVE - NOUVELLES PRODUCTIONS de Guillaume HOOGVELD on décembre 8th, 2011 by admin – 39 Comments

MAHLER

                                                                    Pour Yann Bouvard, ami et visionnaire

Je vais poser un grain de folie

Dans la boîte à mystere

Et me dissoudre

Et me taire

Pour le plaisir

A jamais

Comme à Jadis,

Naguère…

Ivresses de la pente

Posted in POESIE LIVE - NOUVELLES PRODUCTIONS de Guillaume HOOGVELD on décembre 8th, 2011 by admin – Commentaires fermés sur Ivresses de la pente

MONDRIAN©

Choix iconographique par affinité esthétique d’Alfred Hoogveld

Peur apesanteur et précipice

la pente me tente

option sans billet de tour

Pardonnez mes écarts

je suis sous tension

dans le flou

d’un gaz inerte

où se meuvent mes fantômes paraboliques

fractales de crystal

j’ai juste eu le temps

de recevoir l’information

me présentant le danger

de toute poursuite dans le sens…

de l’apesanteur…


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