Dispositions heureuses

IPHONE YO 2011 281 copie sepia

Pour NAT DCK. Pour ses ouvertures vers les possibles…

Appelle-moi très vite

Appelle-moi avant que cela ne devienne tranchant

Appelle ton poète absorbé par l’abysse

Par l’ivresse des profondeurs 100 mètres plus bas

plus rien à voir

Même la lune est noire

Et je crains de ne plus pouvoir  remonter

J’ai lâché tous mes ballasts pour un courant d’oxygène

Je ne demandais qu’à être nommé                     qu’à être reconnu

D’être Esprit aux cœur des Hommes De leur donner les clefs ensevelies

Et que seuls ils ne trouveraient pas.

Je suis le messie je transforme la terreur en dispositions heureuses

Et nous nous allégeons sans la peur de perdre pied

Sans la peur de la faim

Nous avons enfin quelqu’un à qui parler

Quelqu’un sachant panser nos temps morts.

©Guillaume HOOGVELD #2015 pour le texte

©Yoric Saillard #2015 pour l’image

 

Leonard Cohen Recitation with N.L

Recitation with N.L. Lyrics – Leonard Cohen

lyrics (as sung live in London, 2009)

You came to me this morning and you handled me like meat. You’d have to be a man to know how good that feels, how sweet. My mirrored twin, my next of kin, I’d know you in my sleep and who but you would take me in,

a thousand kisses deep.

I loved you when you opened like a lily to the heat, you see I’m just another snowman standing in the rain and sleet, who loved you with his frozen love, his second hand physique, with all he is, and all he was,

A thousand kisses deep.

I know you had to lie to me, I know you had to cheat, to pose all hot and high behind the veils of shear deceit, our perfect porn aristocrat so elegant and cheap, I’m old but I’m still into that,

A thousand kisses deep.

I’m good at love, I’m good at hate, it’ s in between I freeze. Been working out, but its too late, it’s been to late for years. But you look good, you really do, they love you on the street. If you were here I’d kneel for you,

a thousand kisses deep.

The autumn moved across your skin, got something in my eye, a light that doesn’t need to live, and doesn’t need to die. A riddle in the book of love, obscure and obsolete, till witnessed here in time and blood,

A thousand kisses deep.

And I’m still working with the wine, still dancing cheek to cheek, the band is playing Auld Lang Syne, but the heart will not retreat. I ran with Diz and I sang with Ray, I never had their sweep, but once or twice they let me play

A thousand kisses deep.

I loved you when you opened like a lily to the heat, you see, I’m just another snowman standing in the rain and sleet, who loved you with his frozen love, his second hand physique, with all he is, and all he was,

A thousand kisses deep.

But you don’t need to hear me now, and every word I speak, it counts against me anyhow,

A thousand kisses deep.

Beau comme Baudelaire


« J’ai trouvé la définition du Beau, – de mon Beau – . C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, – mais d’une manière confuse, – de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, – soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. »

Baudelaire, après s’être livré à l’ opium…

Laurent Terzieff a disparu

Dans l’ombre, une parole*

 

Tout commence par la nuit, une nuit de suie qui macère dans un trou de silence, rien n’éclaire cet abîme où le vide semble régner, on attend, vaguement inquiet, et puis soudainement une douche de feu coulant sur les épaules de Laurent Terzieff : c’est la nuit qui s’immole.

« Ce qu’il y a ? Je sais d’abord qu’il y a moi. Mais qui est moi ? Tout ce que je sais de moi, c’est que je souffre. Et si je souffre c’est qu’à l’origine de moi-même il y a mutilation, séparation. »

Tout pourrait s’achever sur ces quelques mots d’Arthur Adamov si la récurrence de l’interrogation n’avait pas traversé le drame d’être, si le même questionnement n’avait pas réuni ces réprouvés de la vie, les jetant sans cesse dans les fosses de l’infini détresse. Ce qu’il y a, nous dit Laurent Terzieff, c’est que le corps ne sait que se mouvoir entre les lames tranchantes de la nuit des mondes, que nous nommons la mort avec la même terreur que lorsque nous prononçons le nom de l’amante. « Mon sombre amour d’orange amère / Ma chanson d’écluse et de vent… » Tous ces mots « Et tout ce langage perdu / Ce trésor dans la fondrière / Mon cri recouvert de prières / Mon chant vendu… », tous ces mots se défont et quittent leur appareil linguistique pour devenir incantation. Et Laurent Terzieff nous redonne la nuit, il se transporte tel un ange meurtri à la plasticité indescriptible, il est hors scène, car il n’y a pas de scène ou plus exactement, il lève la poussière à chaque pas comme foulant un désert sans limites, sa voix ne trouble pas le silence, elle l’invite. Et pourtant, il ne cesse de dire cette ombre qu’il porte en lui et qui consacre le poète, ainsi Robert Desnos là-bas, tout en bas du monde, surgissant des fosses encore brûlantes d’une histoire qui ne cesse de hanter les hommes. Desnos « Ombre parmi les ombres… », Laurent Terzieff en est le filtre.

Ici ou là, il nous paraît indispensable de nous inscrire dans la continuité, pourtant il nous faut admettre que ce qui est – ce que nous sommes –, prisonnier de la question de notre propre apparence, s’inscrit en dehors de toute volonté, que nous sommes déplacés par une force obscure autant que nous la méconnaissons. Mais ce déplacement, s’il en est, n’est-il pas à lui seul le mouvement d’une hésitation à la recherche du centre, ou peut-être du sommet, « Du sommet central de l’intérieur de tout », dit Roger Gilbert-Lecomte.

Les poètes ne sont pas étrangers à cette ombre qu’aucun corps ne meut, ils savent qu’aucune gesticulation ne les justifie, que leur demeure n’est pas corps qui vibre, que leur respiration n’est pas poumon. Ils se reconnaissent avec cette froide lucidité, dans l’impossibilité de se dire et n’habitant nulle part, ils cherchent par-delà toute espérance un lieu pour dissoudre leur empreinte.

Le lieu peut prendre nom de femme, qu’importe ce lieu devient innommable en même temps qu’il est prononcé ou tout simplement gravé sur le papier, il se supprime. Pour toute résonance de cette disparition, le verbe incline à nommer l’absence, là où nous nous voulions de chair et d’os ne demeure que la question de notre présence au monde. Il n’y a pas de réponse à ce qui je suis, à ce visage que personne ne reconnaît, ni au mensonge du miroir.

Que les mots soient de Milosz, Heine, Goethe, Hölderlin ou d’autres, Laurent Terzieff nous fait traverser la nuit des poètes, ils viennent encore vers nous avec leurs yeux gercés par la froideur des insomnies. Cette nuit-là est aussi profonde que les gouffres qui absorbent leur chute. À l’heure des mots et des cris, la lumière tombe dans un noir absolu. N’oubliez pas, avec Laurent Terzieff, c’est la nuit qui s’immole.

*Article de Patrice Corbin, Laurent Terzieff dans l’ombre, une parole. La Quinzaine littéraire, n° 861, paru le 16 septembre 2003.

 

La Cordillère des âmes

À PARAÎTRE LE JEUDI 29 MARS 2012

Signature au siège de la Librairie-Galerie Racine le même jour

« La Cordillère des âmes » est le troisième opus du triptyque de Guillaume HOOGVELD qui voit ici sa fenêtre d’exposition se placer sous la lumière totale et puissante du soleil ; la langue est réjouissante et livre un combat contre le désespoir et l’abîme par l’envolée lyrique de mots qu’il a voulu plus proches de vous…

Des mots d’amour ?

Bill Ashtray, Poètes Anonymes Associés

Limitations d’ivresses

À Mahé

 

La folle aventure des pas perdus décide de mon avenir

J’ai le destin au bout de ma lyre

Crapahuté, rejeté en fond de cale j’aperçois une lame

Et son reflet me mime l’espoir des possibles

Messager des ombres j’agis comme une nuit enceinte

D’une lune maladroite et d’un soleil fiévreux

Assez d’être messager, poète du saisi et de l’instantané

Photographe du phantasme de la mort sur scène

Je suis dénudé par les maux, et encore, quels mots

Et comment les soumettre, les mettre à terre, les mettre

Plus bas qu’on peut taire le langage

Comme on programme un autodafé

Et je mets au monde

La face blonde

De Nico qui fait sa ronde

Jim Morrison à l’heure d’été

J’ai une trousse à pharmacie et une ouverture de fable

J’ai essayé toutes les situations qui étaient sous la table

Le goût de déjà vu déjà vécu qui vient ici si affable

Je m’appelle Eternité j’ai le goût d’un vrai Champagne

Semblant d’oubli dans les bulles sacrées

Je ne m’arrête plus, pas de terminus

Je ne m’arrête plus j’ai tous les âges Je suis une addition probable

Conscience qui l’est de tout je survole les péripéties neuronales

 

V1 Flash 2007 V2 Limitation d’Ivresses  Guillaume HOOGVELD 2010 ©