LES CLASSIQUES de Guillaume

D’un Céline l’Autre : Pastiche de Destouches, archives personnelles

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on mai 9th, 2011 by admin – 7 Comments
SEUL AU PARADIS
Cette fois je vais me lever du pied gauche, c’est une nouvelle aventure, j’espère. J’allume une autre cigarette parce que j’en ai envie, seulement parce que j’en ai envie. Et puis je ferme les rideaux et je me prépare à vivre.

une entrée dans la salle de bain où les carreaux de faïence, déracinés du sol, marquent un crépitement à chaque pression de mes pieds nus et froids.

Vient alors le rasage, devant la glace lorsque la lame vient faucher au plus près mes poils et inciser, par maladresse, ma peau innocente, quelques gouttes de sang qui coulent et contrastent avec ma peau blême. Envie de dormir dans la chaleur de l’eau, me voilà fin prêt pour sortir affronter la rue. Je ferme la chambre et prête les clefs à Ernest, mon voisin de palier qui nourrit ma girafe en mon absence. Ernest est un gentil garçon, toujours prêt à rendre service. C’est lui qui s’occupe le plus souvent de nettoyer les toilettes communes et même après mon passage.

Je sors et, c’est vrai, la rue chaque matin a une nouvelle senteur. Un autre regard. Plus ferme ou plus indulgent. Je cours après le bus qui m’emmène place Fendart où m’attend Désirée. Ça fait sept mois que je l’avais pas revue. J’1’avais rencontré place du tartre, ou elle vendait des chi-chi et des barbes à papa aux allemands en short. Elle m’a pris tout de suite pour un étranger, moi, le vieux parisien-mégot! J’en ai ri jusqu’à la rate et j’ai embrayé en l’invitant à dîner chez José, à la Fourche. Et maintenant, j’sais pas trop ce qu’elle devenue, si j’aurais toujours envie de son petit cul ballonné et de ses seins à l’air, poignants. Rue châssis, école orthopédique…place fendart, c’est pour moi! Attends…on avait dit près de la statue Georges Chimère. Y a personne, midi quinze, c’est pourtant l’heure et pourtant ça sent différent, plus exactement, ça sent les doigts, les doigts à l’oignon.

Je ne comprends pas ce que je ressens. La tristesse que je ressens, cela n’existe pas. C’est vide à la fois. Y a personne à la place, Désirée c’est du manque, maintenant On m’a injecté du manque dans mes veines, et les lampadaires tournent avec la nuit.

Je vais coucher ici.

Seul au paradis.

À chaque procuration poétique, une gifle attend le poète m’a dit Luc Dellisse. À quoi je lui ai répondu stoïquement que je tends toujours l’autre pour pallier au déséquilibre de la terreur démocratique invisible.

Guillaume HOOGVELD 1997@2013 Droits réservés©

Limitations d’ivresses

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 26th, 2010 by admin – 7 Comments

À Mahé

 

La folle aventure des pas perdus décide de mon avenir

J’ai le destin au bout de ma lyre

Crapahuté, rejeté en fond de cale j’aperçois une lame

Et son reflet me mime l’espoir des possibles

Messager des ombres j’agis comme une nuit enceinte

D’une lune maladroite et d’un soleil fiévreux

Assez d’être messager, poète du saisi et de l’instantané

Photographe du phantasme de la mort sur scène

Je suis dénudé par les maux, et encore, quels mots

Et comment les soumettre, les mettre à terre, les mettre

Plus bas qu’on peut taire le langage

Comme on programme un autodafé

Et je mets au monde

La face blonde

De Nico qui fait sa ronde

Jim Morrison à l’heure d’été

J’ai une trousse à pharmacie et une ouverture de fable

J’ai essayé toutes les situations qui étaient sous la table

Le goût de déjà vu déjà vécu qui vient ici si affable

Je m’appelle Eternité j’ai le goût d’un vrai Champagne

Semblant d’oubli dans les bulles sacrées

Je ne m’arrête plus, pas de terminus

Je ne m’arrête plus j’ai tous les âges Je suis une addition probable

Conscience qui l’est de tout je survole les péripéties neuronales

 

V1 Flash 2007 V2 Limitation d’Ivresses  Guillaume HOOGVELD 2010 ©

Adagio

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 14th, 2010 by admin – Commentaires fermés sur Adagio

Concerto pour clavier n°23 de Mozart, Adagio en vitesse de plaisance mach 1.2 sous écouteurs intra-auriculaires

Pour celle qui a fait danser mes mélodies cristallines depuis 1993 à Jamais, my sister of night, C.R. , ce soir et tous les autres

Tuileries-1996-2

Il est tard. Je t’aime. Je prends mes affaires et je prends ton dernier courrier, ta dernière lettre, tes derniers mots avec moi. Je prends aussi les billets d’avion, je les

glisse dans la poche intérieure de ma veste, tout près, contre mon cœur.

Bientôt, dans quelques heures nous glisserons du côté d’une bienheureuse virtualité. Nos destins liés se noieront dans l’espace onirique du ciel.

Il y aura beaucoup de sourires, beaucoup d’éclats, beaucoup de drames, donc beaucoup de Beauté. Nous rattraperons la lumière qu’on nous avait ôtée.

Quand nous atteindrons la stratosphère, bien engourdis dans notre Mach 2, et pas avant,

Quand nous serons bien proches et que je viendrai m’asseoir près de toi et que le soleil dansera, j’actionnerai les 120 grammes d’avenir en nitroglycérine compactés que je gardais jalousement sur moi.

Nous serons inséparables.

Guillaume HOOGVELD 2007 ©

Sahel ton Sahel

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 14th, 2010 by admin – 5 Comments

J’aurais aimé dire qui je suis à quelqu’un. Quelque chose aurait certainement changé ; pas en moi, mais peut-être chez mes proches.

J’ai marché ; c’était le désert, il y avait une palmeraie qui annonçait de longues heures de repos, dont nous avions tant espoir.

Vous êtes parti vous avez dit au revoir et pas un seul adieu.

Je vous ai donc attendu, comme la marée remonte ; en premier lieu j’aurais dit « pour rien » mais j’ai versé des larmes, beaucoup de larmes pour ces petits riens, tant de larmes que j’aurais pu irriguer des nappes phréatiques.

Toi tu connaissais mon nom et tu l’écrivais sur le bitume amolli d’un été saharien.

Toi tu connaissais mon nom et tu le taguais NET à la face des flics en faction ; tu taguais mon nom tu connaissais mon nom sur le Pont-Neuf tu connaissais mon nom dans tes itinéraires étoilés, où soleils calcinés et visages sanglotant se muaient. Tu te souvenais qu’on avait été amis, était-ce cette année-ci ? Cette année-là ? Et tu demandais : « était-ce bien fini ? »

Et le vent a soufflé et le métro est revenu et la crasse urbaine a charrié tous ses miasmes, des gobelets en polystyrène, des papiers fast-food, des tickets sans retour ou peut-être pire, avec un retour assuré, une bonne journée de salarié sur un strapontin matinal avec les 35 heures et puis ça y est encore des vieux journaux, des journaux de petites annonces. Tu regrettes, tu n’as jamais cru dans les petites annonces, tu n’as cru qu’aux grands fracas, aux grands discours, libertaires ou totalitaires, aux déclarations de chair et d’épines pas gonflées d’électronique ni de câbles réseaux.

Et puis, il y a eu du trop facile, ces masques linéaires inexpressifs qui se faufilent d’un pseudonyme vers un autre pseudonyme pour enfin te déclarer laconiquement que tu t’es trompé, qu’ il y a une erreur de casting dans toutes tes rencontres et que tu commences à croire que tu es maudit.

Alors tu retournes dans ton Sahel, le tien, t’enfermer dans tes plus beaux voyages. Ici, c’est l’horizon à perte de vue, le tien, pas de locomotion électrique ou thermique, il te faut des jambes pour faire un pas vers un autre horizon : celui qu’il n’appartient qu’à toi de faire surgir, d’extraire de ton cœur.

Guillaume HOOGVELD 2007 ©

Télégramme

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 14th, 2010 by admin – 78 Comments

A bout je t’écris. Juste avant. Des étincelles frappent sur mon front. Il bruine. L’automne déjà. Quel jour sommes-nous. L’année dernière, j’avais des dents. Mes gencives poussent. Cerceaux autour de la lune. Le soleil est oisif. J’aimerais te demander quel âge tu as. Nous sommes mariés depuis ce matin. Je teins mes ténèbres en bleu. Déserte ton travail, tes amis. Prie. Oublie-toi. Imagine que tu n’as pas seulement existé. Aie un orgasme. Chante sous la grêle. Aime des gamines. N’aie pas d’enfants. Souviens-toi. Regarde tes géniteurs copuler. Fais des additions. Pile, tu meurs. Face, tu perds. Reviens 10 ans auparavant. Prends à droite après le feu. Grille-les. Mets du vinaigre. Pose-moi l’unique question. Lâche du lest. Crie au scandale. Après tout. Dissémine des pensées vierges. Abats un passant. Sois probable. Prends une balle dans l’aorte. Sectionne ton poumon gauche. Devine-toi. Sois foutue autant que tu aimes la vie. Envie le Christ. Cercle-toi de ronces. Invente ta langue. Recueille les fruits de ton hasard. Mange des laitues. Extrais du cristal. Derrière la rocade tourne à gauche. A mon retour je t’attendrai. Je t’aurai mal aimé. Mais quand même.

Guillaume HOOGVELD 2003 © 

2 X

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 10th, 2010 by admin – 47 Comments

le silence s’épanouit sur une lame d’océan

que les sonatines ponctuent

comme un écho du lointain reviennent

les douces silhouettes qui s’élancent

mais ne signent jamais leurs corps sur le sable

le soleil les accouchant copies de lumière

il fait froid il fait seul nous sommes deux

pour penser à tue-têtes

deux pour extraire le minerai qui prédestine

sur la pointe des pleurs

deux pour un silence à cacheter

Guillaume HOOGVELD 1996 ©

Amnésie

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on novembre 10th, 2010 by admin – 51 Comments

 

le bonaparte

Charlotte HAMEL  Droits réservés©

 

Je ne te suis plus ! En vain, je tente même de ne plus te chercher. Tu m’as laissé venir, la trappe grande ouverte, et je me suis entrebâillé, sur ce. Sur cette étendue d’inconnu, de failles, de bouches féminines partout.

Tous les jours nous avons perdu la mémoire. Les signaux  du petit Poucet ou du petit Prince sont perdus. Après le désastre de la nuit, je ne sais plus si respirer est plus naturel que penser. Je ne sais plus si cette rencontre a eu lieu, si j’écris avec de l’eau comme je pense avec l’alcool,

quand j’aurai donné assez : assez : quand j’aurai liquidé la faille incestueuse, alors, quand nous serons les deux êtres les plus lointains, les plus étrangers, les plus absents, alors, j’ose penser :

Guillaume HOOGVELD 1996 ©

Harmoniques

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on octobre 31st, 2010 by admin – 7 Comments

labyrinthe des consciences des solitudes noyautées

effet de serre autour de nous constellés

nous avons le pressentiment de ce qui arrive ce qui dé-coule

seuil à ne pas dépasser inconnu

nous dépassons comme des harmoniques

ondes linéaires surface continue

ondes transversales jusqu’à nous perception

croisement des âmes

impact

Guillaume HOOGVELD 1995©

Connexion illimitée

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on octobre 31st, 2010 by admin – Commentaires fermés sur Connexion illimitée

Je crains que tu ne sois la dernière
et je poursuis un rêve statufié
Inanimé comme ta bouche
Parti m’isoler en enfance
Bercer des christs en platine
J’épuise une nouvelle seconde
J’épuise
Mes pieds à terre
Mes ongles noirs
Mon mal de dos
Mon avenir mal à l’aise

Face tournée vers le large
Le ciel s’accélère
Le cœur est immédiat
dans les pores du silence
Je tisse une connexion illimitée

Guillaume HOOGVELD 1995©

Elève, regarde, déploie

Posted in LES CLASSIQUES de Guillaume on octobre 31st, 2010 by admin – 18 Comments

Enlève

Enlève les journaux, la guerre des Balkans, les OPA entre les banques, les pourcentages, les voix ferrées
Enlève les cours de la bourse, les horaires des trains, des avions
Enlève le télégraphe – téléphone, le méridien de Greenwich, les fuseaux horaires, les satellites,
La fibre optique…
Enlève le bruit, enlève la mer de sa place, enlève le tour du monde
Enlève l’eau de pluie déjà sur le visage
Enlève la fille sur le chemin l’envie de chuter
Enlève les titres des journaux, les ailes des anges, les portiques du métro, enlève le métro
Enlève les bouches qui ont faim, les silences des muets, les crépuscules du soir, la nuit où j’ai crié
Enlève les marteaux-piqueurs, laisse les cils des yeux, agrandis les yeux,
Nous voudrons toujours voir…
Enlève la peur, donne-moi envie, donne-moi faim, donne-moi soif, donne-moi ta voix, desserre les dents

Elève, regarde, déploie.

Guillaume HOOGVELD 1995©

Charlotte HOOGVELD Création et droits photographiques réservés 2012©


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