Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas

Ecce Homo — Le cas Wagner / Extrait / L’avenir d’une rupture.

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on mars 26th, 2013 by admin – 45 Comments

Nietzsche-Wagner

Un problème musical

Pour rendre justice à cet écrit il faut souffrir du destin de la musique comme d’une plaie ouverte. De quoi je souffre lorsque, je souffre du sort de la musique ? De ce qu’on l’a dépouillée de ses vertus transfiguratrices, de son caractère approbateur, de ce qu’elle est devenue musique de décadence, de ce qu’elle n’est plus la flûte de Dionysos… Mais si l’on considère la cause de la musique comme la sienne propre, si l’on ressent le mal de la musique comme une souffrance personnelle, on trouvera cet écrit plein d’égards, on le jugera indulgent au-delà de toute mesure. Etre gai dans ces cas-là et se persifler soi-même avec bonté – ridendo dicere severum quand le verum dicere – justifierait toutes les duretés, – c’est là l’humanité même. Qui douterait que je ne puisse, en vieil artilleur que je suis, mettre en batterie mes gros canons contre Wagner ? Mais les arguments décisifs je les ai gardés pour moi dans cette affaire. – J’ai aimé Wagner…

Enfin, pour travailler dans le sens de ma tache, il faut que j’attaque un « inconnu » plus distingué, qu’un autre ne devinera pas facilement : j’ai bien d’autres inconnus à démasquer qu’un Cagliostro de la musique ; il faut surtout que j’attaque la nation allemande de plus en plus paresseuse et pauvre d’instinct, de plus en plus honnête dans ses goûts intellectuels, cette nation qui continue à se nourrir de contraires avec un appétit digne d’envie et réussit à engloutir sans aucun trouble digestif la « foi » aussi bien que la science, l’ « amour chrétien» en même temps que l’antisémitisme, et la volonté de puissance (la volonté de l’Empire) dans le même plat que l’amour des humbles… Ne jamais prendre fait et cause au milieu des contradictions, quelle neutralité de l’estomac, quel altruisme du pylore ! Quelle impartialité dans ce palais allemand qui donne à tous des droits égaux, et qui trouve tout savoureux !.. Les Allemands, n’en doutons plus, les Allemands sont des idéalistes… à mon dernier voyage en Allemagne j’ai trouvé le goût allemand préoccupé de rendre une égale justice à Wagner et au Trompette de Saekkingen ; j’ai vu de mes yeux fonder à Leipzig une société Liszt en l’honneur d’Henri Schütz, un musicien des plus sincères, un maître des plus allemands – au vieux sens du mot qui ne parlait pas des « Allemands de l’Empire » – j’ai vu, dis-je, fonder en l’honneur d’Henri Schütz une société destinée à cultiver et à répandre une musique d’église à la Liszt… Les Allemands, n’en doutons pas, les Allemands sont des idéalistes…

Mais ici rien ne m’empêchera de devenir brutal et de leur dire quelques dures vérités : qui le ferait que moi ? Je veux parler ici de leur impudeur en matière historique. Non contents d’avoir perdu le sens des grandes vues d’ensemble qui permet de suivre la marche et de distinguer les valeurs d’une civilisation, non contents d’être tous en bloc des guignols de la politique (ou de l’église), ils vont maintenant jusqu’à proscrire l’amplitude du coup d’oeil. Il faut d’abord être « allemand », il faut appartenir à la « race » : alors on peut décider en histoire des valeurs et des non-valeurs on les détermine « Allemand », c’est un argument ; « l’Allemagne au-dessus de tout », c’est un principe ; dans l’histoire les Germains représentent « l’ordre moral » ; en face de l’imperium romanum ils sont les dépositaires de la liberté ; en face du XVIII è siècle les restaurateurs de la morale, de l’ « impératif catégorique »… Il y a une façon d’écrire l’histoire conforme à l’Allemagne de l’Empire, il y a même, je le crains, une façon antisémite de l’écrire, et puis une façon aulique, et monsieur de Treitschke ne rougit pas…

Récemment un jugement d’idiot, un mot de Vischer, l’esthéticien souabe, – heureusement décédé depuis, – a fait le tour de la presse allemande comme une « vérité » que tout bon Allemand devrait approuver : « La Renaissance et la Réforme ne sont complètes qu’à elles deux : régénération esthétique et régénération morale ». De telles choses me font perdre patience : l’envie, le devoir, me démange de leur dire tout ce qu’ils se sont déjà mis sur la conscience. Depuis quatre siècles ils sont responsables de tous les grands crimes contre la civilisation !… Et c’est toujours pour la même raison ; à cause de cette lâcheté foncière en face de la réalité, qui est aussi lâcheté devant la vérité, à cause de ce manque de sincérité qui est devenu chez eux un instinct, à cause de leur « idéalisme »… Les Allemands ont frustré l’Europe de la moisson que leur apportait la dernière grande époque, celle de la Renaissance, ils en ont détourné le sens au moment où une hiérarchie supérieure des valeurs était en train de prévaloir, au moment où les valeurs nobles, celles qui prennent parti pour la vie et qui assurent l’avenir, étaient victorieusement parvenues sur le trône même des valeurs de décadence et pénétraient jusque dans les instincts de ceux qui y siégeaient. Luther, ce moine fatal, a restauré l’Eglise, et, ce qui est mille fois pire, il a rétabli le christianisme au moment où il succombait… Le christianisme, cette négation du vouloir vivre érigée en religion !… Luther, moine impossible qui, en raison de son impossibilité, attaqua l’église et, en conséquence, la restaura… Les catholiques auraient cent raisons de célébrer des fêtes en son honneur et de composer des « Mystères de Luther »… Luther et la régénération morale ! Au diable la psychologie ! – Les Allemands, on s’en saurait douter, les Allemands sont des idéalistes.

Par deux fois, au moment où on avait atteint, à force de courage et de maîtrise, à un mode de pensée nettement scientifique, les Allemands ont su trouver des voies détournées pour revenir à l’ancien « idéal », et réconcilier la vérité avec l’ « idéal » à l’aide de formules qui n’étaient destinées au fond qu’à donner le droit d’évincer la science et de mentir ; Leibniz et Kant sont ceux qui ont le plus retardé l’avènement de la santé intellectuelle de l’Europe.

Enfin lorsqu’on a vu paraître sur le pont, entre deux siècles de décadence, une « force majeure » de génie et de volonté, une force assez puissante pour faire de l’Europe une unité politique et économique qui aurait dominé le monde, ce sont encore les Allemands, avec leurs « guerres d’indépendance » qui ont frustré l’Europe de la signification merveilleuse que recelait l’existence de Napoléon ; ils se sont donc chargé la conscience de tout ce qui est arrivé depuis, de tout ce qui existe aujourd’hui ; ils sont responsables de cette maladie, de cette déraison suprêmement anticivilisatrice qu’on appelle le nationalisme, névrose dont souffre l’Europe, et qui perpétue la monomanie des petits Etats et de la petite politique : ils ont enlevé à l’Europe et son sens et sa raison : ils l’ont acculée dans une impasse. Qui sait, que moi, comment en sortir ?… Qui sait une tâche assez grande pour réunir les peuples nouveau ?…

Et après tout, pourquoi ne pas exprimer mon soupçon ? Les Allemands mettront encore tout en oeuvre dans mon cas pour faire accoucher d’une souris une destinée formidable. Jusqu’à présent ils n’ont cessé de se compromettre à mon propos et je doute qu’ils fassent mieux à l’avenir. Ah ! qu’il me serait doux ici d’avoir été mauvais prophète !…

Déjà mes lecteurs naturels, mes auditeurs-nés, sont des Russes, des Scandinaves et des Français ; cette situation n’ira-t-elle jamais que s’accusant de plus en plus ? Les Allemands ne sont représentés que par des noms équivoques dans l’histoire de la Connaissance ; ils n’ont jamais produit que des faux monnayeurs inconscients ( Fichte , Schelling , Schopenhauer , Hegel , Schleiermacher , méritent ce nom au même titre que Kant et Leibniz : ce ne sont tous que des « Schleiermacher », des ennuageurs de la pensée : ils n’auront jamais l’honneur de compter parmi les leurs le premier esprit bien conformé que présente l’histoire de l’esprit, celui dans lequel la vérité a fait justice des fausses monnaies frappées depuis quatre mille ans. L’ « esprit allemand » c’est l’air vicié pour mes poumons ; j’ai peine à respirer dans le voisinage de cette malpropreté qui est devenue leur seconde nature en matière psychologique, et que trahit chacun de leurs mots, chacune de leurs attitudes. Ils n’ont jamais passé dans leurs classes, comme les Français, par un sévère XVII siècle où l’on apprenne l’examen de conscience. Un La Rochefoucauld , un Descartes sont cent fois supérieurs en loyauté aux premiers d’entre eux ; les Allemands, jusqu’à maintenant, n’ont pas eu un seul psychologue. Or la psychologie donne presque la mesure de la propreté ou de la malpropreté d’une race… Et quand on n’est même pas propre, comment pourrait-on être profond ? Chez l’Allemand, comme chez la femme, on n’arrive jamais au fond : il n’y a pas de fond, voilà tout. Et cependant ils n’arrivent même pas à être plats.

Ce qu’on appelle profond en Allemagne c’est justement cette malpropreté d’instinct envers soi dont je parlais : on ne veut pas voir clair en soi. Ne serais-je pas en droit de proposer de faire du mot « allemand » une expression internationale pour désigner cette dépravation psychologique ?

Voyez, par exemple, l’empereur d’Allemagne qui dit de « son devoir de chrétien » de délivrer les esclaves d’Afrique : chez nous autres Européens on dirait que c’est bien « allemand »… Les Allemands ont-ils écrit un seul livre qui soit profond, ? Ils ignorent même ce que c’est que la profondeur d’un ouvrage. J’ai connu des savants qui trouvaient Kant profond, et je crains bien qu’à la cour de Prusse monsieur de Treitschke ne passe pour profond. Et quand je vante à l’occasion la profondeur psychologique de Stendhal, je trouve des professeurs de l’université allemande qui me demandent d’épeler, son nom…

Et pourquoi n’irais-je pas jusqu’au bout ? J’aime à faire table rase. C’est même une de mes ambitions que de passer pour le contempteur des Allemands par excellence. J’ai déjà exprimé à l’âge de vingt-six ans la méfiance que m’inspirait leur caractère (Troisième Inactuelle, p. 71) : les Allemands sont pour moi quelque chose d’impossible, quand je cherche à imaginer une espèce d’homme qui répugne à tous mes instincts c’est toujours un Allemand que je finis par me représenter. La première question que je me pose, quand je veux « sonder les reins » d’un homme, est pour savoir s’il a le sentiment de la distance, s’il aperçoit partout le rang, les degrés, la hiérarchie dans les rapports d’homme à homme, s’il distingue : c’est ce qui fait le gentilhomme ; et le reste appartient sans espoir-de salut à la catégorie si large et si débonnaire de la canaille. Or les Allemands sont canailles ; hélas ! ils sont si débonnaires… On s’avilit à les fréquenter : l’Allemand nivelle… Excepté dans mes relations avec quelques artistes, surtout avec Wagner, je n’ai pas passé une heure agréable avec les Allemands… Si le plus profond des esprits de tous les siècles apparaissait parmi les Allemands il se trouverait tout de suite chez eux un de ces volatiles-qui sauvent le Capitole pour estimer que sa vilaine âme a au moins autant d’importance. Je ne peux pas souffrir cette race avec laquelle on se trouve toujours en mauvaise compagnie, qui n’a aucun sens des nuances, – malheur à moi qui en suis une ! – qui n’a aucun esprit dans les pieds et qui ne sait même pas marcher… Après tout ils n’ont même pas de pieds, ils n’ont que des jambes…

Ils n’ont aucune idée de leur effroyable vulgarité, mais le superlatif de cette vulgarité c’est qu’ils n’ont même pas honte de n’être que des Allemands. Ils se mêlent de parler de tout, ils s’érigent en juges suprêmes, je crains même qu’ils n’aient jugé de moi… Toute ma vie démontre strictement l’exactitude de ces affirmations. C’est en vain que j’y cherche une preuve de tact ou de délicatesse à mon égard. Des Juifs m’en ont témoigné, oui, mais jamais des Allemands. Il est dans mon tempérament de me montrer doux et bienveillant avec tout le monde : j’ai le droit, moi, de ne pas faire de différences : cela ne m’empêche pas de voir clair. Je n’excepte personne – encore moins mes amis, – et j’espère que cela ne m’a pas empêché, au bout du compte, de leur donner des preuves d’humanité. Il y a cinq ou six choses dont j’ai toujours fait une question d’honneur. N’empêche que chaque lettre que je reçois depuis des années me fait l’impression d’un cynisme : il y a plus de cynisme dans la bienveillance qu’on me témoigne que dans n’importe quelle haine… Je le dis en plein visage à chacun de mes amis : nul d’entre eux n’a trouvé aucune de mes oeuvres digne de l’effort d’être étudiée ; je devine aux moindres indices qu’ils ne savent même pas ce qui s’y trouve. Quant à Zarathoustra lui-même, quel est celui de mes amis qui y aurait vu autre chose qu’une présomption illicite, heureusement inoffensive ?… Dix années ont passé depuis… et personne en Allemagne ne s’est fait un devoir de conscience de défendre mon nom contre le silence absurde sous lequel il gisait enseveli : c’est un Danois, un étranger, qui a eu le premier assez de flair et de courage pour s’indigner contre mes prétendus amis… Dans quelle université allemande serait-il possible aujourd’hui de faire des cours sur ma philosophie comme ceux que Georg Brandes donna le printemps dernier à Copenhague, démontrant par là une fois de plus sa supériorité de psychologue ?

Personnellement je n’ai jamais souffert de cette situation ; la fatalité ne me blesse pas ; ma nature la plus intime est pénétrée de l’amor fati. Cela ne n’empêche pas d’aimer l’ironie, même l’ironie universelle. Et c’est ainsi que deux ans environ avant le coup de foudre de la « Transmutation » qui fera tomber toute la terre en convulsions, j’ai lancé dans le monde le « Cas Wagner » : il était dit que les Allemands s’immortaliseraient en se trompant une fois de plus sur mon compte ! Ils en ont encore le temps ! Y sont-ils parvenus ? à merveille, messieurs les Germains ! Je vous en fais mon compliment…

CIORAN / Extase musicale – Extrait du Livre des leurres

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on décembre 22nd, 2012 by admin – 58 Comments

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SUITE

FIN

George Steiner le dit

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on décembre 14th, 2012 by admin – 19 Comments

B.A.C.H.

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on mars 21st, 2012 by admin – 33 Comments

Scriabine

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on février 9th, 2012 by admin – 40 Comments

Pour William, mon ange noir

Scriabine. Comment à ce mot ne pas ressentir un mystère, une onde, un frémissement, une couleur pourpre, automnale et jaune. Scriabine était un compositeur de la fin du 19ème siècle. Né à Moscou en 1872 et mort en 1915, il choisit vite la musique comment élément définitif capable de transformer le monde et le rapport qu’il y a.

Pour lui, la musique est « une force théurgique d’une puissance incommensurable appelée à transformer l’homme et le cosmos tout entier ».En cela, il est un symboliste extrême qui va même jusqu’à définir des projections colorées établies sur la base d’une table de correspondances du spectre des hauteurs sonores et du spectre des couleurs. Le mot est lâché. Chez Scriabine, c’est la couleur qui domine, dans des synesthésies on ne peut plus expressives.

A la première écoute on est frappé par ces correspondances voluptueuses (Do : rouge ; sol : orange ; ré : jaune brillant ; la : vert ; mi : blanc bleuâtre, etc.).

Scriabine voulait l’Art total. Reprochant à Wagner de n’être pas assez loin dans l’unification des mondes artistiques à cause de l’autonomie du texte et de la musique, il se joue des tonalités et des dissonances tout en évitant le piège de l’attraction tonale. Cependant, il lui accorde la valeur mystique d’être un « principe unificateur » et un moyen de refléter « l’harmonie des mondes ». Pour lui, tout est vibration, et une œuvre d’art doit être la plus totale possible, faire appel autant à l’ouie qu’à la vision, au toucher, à l’odorat.

Pour « Prométhée », il prévoit la présence d’un clavier à couleurs dont les dégradés accompagneraient les sons selon des correspondances mystiques destinées à transcender les auditeurs.

Scriabine fait éclater le cadre classique de la sonate par une fougue et une violence inspirée par son approche de Nietzsche, et des chefs de file du mouvement Futuriste comme Marinetti.

Aujourd’hui mal compris parce que considéré comme obscur ou primaire, je pense que Scriabine est allé plus loin que Chopin dans l’exploration musicale et dans la recherche émotionnelle. En effet, Alors que Chopin (auquel il doit certes beaucoup de ses premières œuvres ) visitait des lignes mélodiques rassurantes et assurées, languissantes sans surprises, Scriabine fait place au Chaos, mais à un chaos organisé dans une métrique implacable.
Comme éléments discographiques, permettant de s’initier à ce démiurge, je citerai ses sonates, études, préludes et nocturnes par Horowitz ou Richter, et son Prométhée. Attention la falaise est proche.

Echappée
course de moments projetés là, ici,
projectiles
sueur froide
falaise toute proche
défense de troubler toute personne
censée se dévoiler
résistance
permission de flotter comme un ventricule

sucre glissant du pavot
gant de fer et main d’écrin
caramel à point
pause inter-polaire
micro-climat assis à la droite du jaune et du bleu
bleu si intense qui ne sait pas naviguer
bleu si intense dont la matrice est proche
et se voit dans une flaque d’araignée
comme un prisme non abouti
Poème d’extase
Je t’ai cherché
Sur les dunes paresseuses
Je t’ai eu dans la violence du sang
Tout cela c’était contamination
J’écrivais pour te disséminer ô Extase !
J’allais te chercher dans la misère où il n’y avait
Que surprise et hasard
Violence et objection

Le jour peut ne pas se lever
J’ai Scriabine
J’ai ses silences je ne les possède pas
J’ai ses précipités de fluor
Qui drainent des positionnements méticuleux

Falaise toute proche.

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas, Parcours musical sur supports on décembre 29th, 2011 by admin – 39 Comments

GOLDBERG VARIATIONS 1955 / GOULD

ARVO PART ARBOS

SONATAS & PARTITAS VIOLIN / NATHAN MILSTEIN

CLAVIER BIEN TEMPERE I & II BOOK / RICHTER

SCHOPENHAUER et le Monde comme Harmonie des cordes…

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on novembre 25th, 2011 by admin – Commentaires fermés sur SCHOPENHAUER et le Monde comme Harmonie des cordes…

« la musique pourrait exister quand bien même le monde n’existerait pas »

Schopenhauer

À propos du concept de « monde » dans ce postulat de Schopenhauer : « la musique pourrait exister quand bien même le monde n’existerait pas », ne faut-il pas faire attention au fait que chez Schopenhauer le monde est un concept et ne désigne peut-être pas l’ensemble des figures de ce qu’il y a mais que, bien plutôt, monde désigne ici une figure de consistance de ce qu’il y a ? Cela voudrait dire, dans ce cas, que la musique pourrait exister quand bien même ce qu’il y a ne se présenterait plus comme un monde, n’aurait plus la figure de consistance qu’offre un monde. Je dis cela parce que je fais l’hypothèse que la philosophie depuis un certain temps – à mon avis depuis Descartes – est sensible au fait que la musique est elle-même capable de proposer des figures originales de consistance, autrement dit que la musique possède elle aussi cette capacité de proposer la forme propre d’un monde. Donc, si on prend « monde » comme désignant non pas tout ce qu’il y a mais une modalité globale de consistance du il y a, alors en somme il y a monde non pas lorsqu’il y a quelque chose plutôt que rien mais lorsque ce qu’il y a se présente dans une figure de consistance telle qu’on puisse le totaliser et le nommer monde. Dès lors peut-être y a-t-il une interrogation des philosophes depuis Descartes – y compris chez Schopenhauer – à propos du concept philosophique de monde et que c’est cette interrogation qui est investie dans la phrase citée.

En fait, pour résumer, on peut dire que la citation de Schopenhauer est valable dans les deux sens.

Effectivement, dans un sens très simple, dire que la musique pourrait exister si le monde n’existait pas revient à dire que – et il faut prendre cela à la lettre – le monde c’est pour lui ce qui se présente à nous, c’est-à-dire une représentation. Alors, sans même discuter sur la nature ontologique du monde, la musique pourrait exister même si le monde n’existait pas car elle a une dignité supérieure.

La proposition est donc valable de ce point de vue et l’est aussi valable dans l’autre sens dont vous parlez, celui qui met le concept de consistance au centre de « monde » parce que, pour Schopenhauer, la musique peut être conçue comme une forme de totalité isomorphique avec le concept de monde. En effet, pour lui, d’après une conception très ancienne, le monde peut être pris comme une structure, une hiérarchie de phénomènes – d’abord organiques, végétaux, etc. – et à ses yeux, la structure de la musique, c’est-à-dire la structure de l’harmonie, est isomorphe à cette structure-là.

Donc dans les deux cas, la citation vaut, c’est-à-dire qu’en premier lieu, si le monde comme réalité ontologique n’existait pas, la musique, quant à elle, en aurait suffisamment pour exister seule, et que, deuxièmement, existant seule, elle peut exister parce qu’elle a une consistance suffisante reproduisant à un niveau supérieur celle de la réalité qu’on pourrait appeler simplement « monde ».

M .S.© pour P.A.A.©

Plus un mot, MUSIQUE.

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on mai 18th, 2011 by admin – 5 Comments

e-Musique copie

NIETZSCHE.

Lepo Sumera 1950 – 2000©

« Piece From The Year 1981″© ,  1994 ; réédité en 2001 dans l’album « Like searching », Finlandia records.

Pourquoi la Musique m’a sauvé la Vie

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on octobre 7th, 2010 by admin – 3 Comments

Pour mon père, ce héraut aux nouvelles toujours affriolantes, au conteur invétéré

J’aimais la musique comme tous les adolescents, et lors de longs trajets en voiture vers les Pays-bas dont je suis originaire, mon père, m’a fait découvrir non pas un compositeur, mais un interprète « fantaisiste » de Bach principalement, très controversé, Glenn Gould. C’étaient les Variations Goldberg, enregistrée en 1982, peu de temps avant sa mort.

Et là, ce fut mon ticket permanent vers l’univers total de la Musique, j’avais ouvert la brèche, une échappée qu’on ne peut plus refermer derrière soi, mais qu’on se doit de communiquer aux autres, avec toute sa « science émotionnelle ».

Avant cette « conversion » aux notes cristallines du Bach de Gould, j’écoutais principalement de la pop anglaise et j’étais un fan complet du groupe anglais Cure comme beaucoup d’adolescents. Leurs mélodies froides et mélancoliques me berçaient d’un doux et ténébreux spleen. Le jeu de guitare de Robert Smith me possédait. Il arrivait, comme font les orientaux avec la cythare ou le oud, à créer une intensité mélodique hypnotique en jouant de longues minutes sur très peu de notes de guitare. Il a créé un langage. Tout est là.

Quant à Gould, il m’a ouvert les portes de Bach par son « drive » diraient les jazzmen, sa clarté polyphonique, sa maîtrise insolente de toute l’œuvre du cantor dont il a déclaré lors d’un entretien télévisé, avoir repéré une erreur de contrepoint sur une partition. Quelle audace, que dis-je, quelle effronterie ! Gould avait si bien « intégré », conceptualisé l’œuvre de Bach qu’il n’avait plus besoin de la jouer pour en jouir. Il avait son langage dans les hautes sphères de son Esprit.

Le contrepoint, c’est la progression simultanée des différentes lignes mélodiques, opposé à l’harmonie, une progression qui prend l’allure d’une fugue, d’une fuite sans fin pourrait-on dire lorsqu’on se jette à corps perdu dans le clavier bien-tempéré. C’est l’ivresse du contrepoint associée au jeu de Gould qui m’a ouvert les portes de la littérature pour clavier du Maître, à travers l’Art de la Fugue, et les merveilleuses Partitas. Mon oreille, mes sens se sont éveillés. J’étais prêt pour le grand saut.

Bach m’a tout donné. Bach est un cheminement vers le Divin, et ses notes nous accompagnent, du plus grand désespoir, de la déréliction maudite au sacre de la grâce. Bach est Présence, dans sa clarté, Bach est Présence, dans sa sublime simplicité, dans son absence totale de superflu.

Pour finir, ce qui frappe chez Bach, c’est sa parfaite alchimie entre sa rigueur luthérienne et son impact émotionnel fulgurant. C’est là son énigme que je ne pourrais jamais résoudre. Et c’est très bien ainsi.

J’ai cheminé à travers les âges, après le baroque et Haendel & Vivaldi, contemporains du Maître, j’ai effleuré Mozart dont je n’ai jamais été un fervent mélomane excepté les andante des concertos pour piano, le concerto et quintette pour clarinette et le Requiem, bien sûr.
Mozart ne porte pas le poids de l’Humanité sur ses épaules. Ce n’est pas un compositeur mystique, mais divin. Il ne souffre pas avec nous. Bach nous porte avec lui aux portes du paradis, mais Mozart plane déjà en son cœur ; d’où le caractère parfois fluet, aérien, léger, gracieux et distant qu’il donne à entendre. Mozart n’est déjà plus là, si ce n’est lors de ces derniers mois d’agonie et son obsession de la mort qui l’a poussé à rédiger son chef d’œuvre universel, son Requiem.

J’ai découvert ensuite un compositeur contemporain devenu célèbre depuis, Arvo Pärt, estonien né en 1935. Avec Bach, Pärt a changé ma Vie, il a innervé ma Vie de sa musique minimaliste hypnotique et…mystique. Après une période de collages et de musique sérielle, Pärt a composé de la musique vocale inspirée des polyphonies et du plain-chant du moyen-âge et de la renaissance (Ockeghem, Machaut, Josquin). Il a créé son propre style dans des pièces orchestrales ou vocales dépouillées où le silence est roi. Son Miserere (1991) est un long contrepoint ascendant qui culmine par une implosion orchestrale qui enchaîne sur un chant ponctué de merveilleux silences. Chez Pärt, l’art du son, c’est le silence. Le silence ou la présence de l’absence. Et parfois la simple résonance d’une cloche, qui vient rythmer la mesure.

Oublions quelques instants le pessimisme excessif d’Arthur Schopenhauer et entendons ses écrits sur la musique, qui sont passionnants.
Schopenhauer pense que la musique est un art capable d’atteindre directement la volonté elle-même, sans passer par l’objectivation de l’idée : « La musique nous donne ce qui précède tout forme, le noyau intime des choses, elle est le plus profond et le plus puissant de tous les arts ». Bien au-delà d’une sentimentalité individuelle, c’est le monde même, comme volonté, qui est répété dans l’harmonie des notes. D’où son aphorisme magnifique :

« La Musique aurait pu exister sans que le monde existât »

Pourquoi la Musique m’a sauvé ma Vie

Revenons à la célèbre citation de Nietzsche : « Sans la Musique, la Vie est une erreur, un exil, une besogne éreintante »
La Musique me structure, elle donne un sens et un « rythme apaisant » à mes angoisses. Bach, Haendel, Vivaldi et Pärt m’apportent plus qu’une consolation, une véritable lumière à mes jours. Loin de moi la besogne éreintante, le seul exil que je connaisse est un voyage à travers les correspondances (synesthésies), les mots que je place en réponse à une tonalité, les poèmes que je rédige suite à une mélodie.
La Musique, je l’aime tant que j’ai toujours avorté mes velléités d’apprentissage du solfège car je voyais fondre et disparaître le mystère sacré qu’elle représente pour moi. Je voyais travail, efforts, rigueur, maîtrise de soi derrière la dimension sacrée et immaculée que je lui porte. Tant pis, je préfère mourir idiot que désenchanté !

MS©

Bruckner et la fièvre de Dieu

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on octobre 4th, 2010 by admin – 36 Comments



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