Parce que c’est Toi Parce que c’est Nous – Correspondances et itinéraires

Lettre de Léon Bloy à Johanne Molbech – 29 août 1889

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on juin 20th, 2017 by admin – Commentaires fermés sur Lettre de Léon Bloy à Johanne Molbech – 29 août 1889

“L’expérience de la vie m’a démontré qu’il ne faut jamais livrer son âme aux intelligences inférieures.”

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Mademoiselle,

Je me sens aujourd’hui invinciblement poussé à vous écrire, je vous prie de n’en être pas révoltée. Les deux ou trois heures de notre causerie d’hier m’ont fait, en vérité, un bien immense et je sens le besoin de vous l’exprimer. Moi, si triste d’ordinaire, si seul, tourmenté de si cruelles angoisses et si dénué de consolations, je me suis éveillé ce matin, le cœur délicieusement attendri et débordant d’une allégresse enfantine, en songeant à vous. Je ne pourrais évidemment attribuer ce prodige qu’à l’intervention providentielle de votre pitié.

Assurément, je ne manque pas d’amis. Il en est même deux ou trois que je chéris avec une grande tendresse. Mais ils sont, je le crois, un peu trop enclins à me juger et j’ai dû renoncer avec amertume à en être parfaitement compris. Vous avez eu la charité de me dire qu’il vous semblait voir en moi un ami très ancien, quoique vous ne me connaissiez que depuis un très petit nombre de jours.

J’éprouve, Mademoiselle, un sentiment tout semblable et je serais vraiment incapable de l’expliquer, sinon par la Volonté de Dieu qui, sans doute, le voulut ainsi.

Nous sommes étrangement environnés de mystère et les mouvements volontaires ou involontaires de nos pauvres âmes qui ne doivent jamais mourir ne sont pas moins cachés à notre raison que les phénomènes extérieurs de l’admirable nature. Il est certain qu’il y a des êtres qui correspondent exactement les uns aux autres dans la trame sans défaut du grand plan divin et ces êtres séparés par les continents et les mers, par les mœurs et le langage, par tous les obstacles qui peuvent séparer les créatures humaines, se rencontrent néanmoins au moment précis où le très infaillible Seigneur a décidé, du fond de ses cieux et de ses éternités, que leur rencontre était nécessaire. C’est parce que j’ai pensé qu’il en était ainsi pour vous et pour moi que j’ai l’âme ce matin si parfaitement heureuse.

Chère amie, — ne vous indignez pas, je vous prie de ce nom que je vous donne avec tant de joie — considérez avec simplicité que je suis très malheureux et privé de la plupart des consolations qui aident le commun des hommes à attendre patiemment l’heure de la mort. Dites-vous bien que je suis, — jusqu’au jour espéré de la victoire, — un vaincu, une manière de proscrit, redouté même de ceux qui ne le haïssent pas, écarté soigneusement de toutes les joies et de tous les festins de l’égoïsme social, et dévoré, par surcroît, dévoré jusqu’à en mourir, d’un immense besoin d’aimer et d’être aimé. Vous comprendrez alors, vous qui avez le front et les yeux d’une créature façonnée pour tout comprendre, que j’aie pu trouver en vous une consolation véritable et que l’amitié d’une personne sans préjugés, sans ironie, sans étonnement pour les opinions que j’exprime et que tant d’autres jugent si excessives, si paradoxales ou si folles, me paraisse une magnifique aumône dont je suis remué jusqu’au fond du cœur. […]

Il faut vraiment, Mademoiselle, que j’aie en vous une confiance tout à fait sans bornes pour vous parler de moi-même avec une telle naïveté. Mais je suis bien tranquille. Je ne crains de vous aucun reproche d’orgueil, aucun mépris ironique, aucune des sottes et banales manifestations de de la Médiocrité bourgeoise mise en présence de tout ce qui lui paraît extraordinaire.

Il est inutile d’ajouter que je ne dicte pas votre lettre, je me borne à vous en suggérer l’accent, ainsi que vous me l’avez demandé hier soir.

Ne vous irritez pas d’une lettre aussi longue, amie. Je vous répète que j’avais besoin de l’écrire.

Mais je vous en prie, gardez-la pour vous seule. L’expérience de la vie m’a démontré qu’il ne faut jamais livrer son âme aux intelligences inférieures. Je ne veux pas être jugé et je ne veux pas non plus qu’on vous juge à propos de moi.

Si nous pouvons avoir la chance de trouver quelque douceur dans nos relations d’amitié, nous cacherons cette largesse de Dieu comme les avares cachent leur trésor.

Au revoir donc, Mademoiselle, à dimanche, et puissiez-vous être inondé de bénédictions.

Votre dévoué

Léon Bloy
127 rue Blomet, Vaugirard

Guillaume par William Ashtray #1

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on octobre 25th, 2014 by admin – Commentaires fermés sur Guillaume par William Ashtray #1

Guillaume si tu t’appelles encore Guillaume
Si tu existes encore Guillaume, ne te fais plus jamais dicter ta vie par quelqu’un

Quelqu’un – les autres sont des fantômes –

Sauve ta peau

Tes parents sont morts à toi-même sans le savoir sans le vouloir – tu pardonnes –

Tu n’as jamais cessé de t’excuser d’être au monde

Tu n’as jamais cessé de te justifier d’exister toujours encore

Tu n’as cessé de croire que quelqu’un viendrait te sauver

Tu n’as cessé de croire que le monde serait plus juste

Que tes mots se répercuteraient sur la sensation des hommes

Tu as souvent cru que le mal n’était qu’un mauvais présage

Ou un signe de passage

Tu n’as lu que des écrivains maudits des écrivains de minuit pour trouver à l’envers

Une place au chaud à l’endroit

Dans le cœur des autres

Loin de l’exil de tes sensations froides

 

Tu as osé croire qu’avec des beaux vers

Le monde serait à toi

Que tu pourrais le fuir t’en dispenser

Sans être un saint un prince ni un roi

Ou pas tout à fait

 

Tu as cru enfin que même les illusions avaient un sens

Avec ou sans toi mais davantage avec

 

Tu as cru bon d’offrir ton cœur et ta musique à la multitude

Créant ainsi le désordre par un va-et-vient discontinu d’explosif émotionnel

Dont la seule portée infinie était la loi des hommes

L’insulte le silence ou l’indifférence

L’amour à jamais dans une salle d’attente

 

Tes ACTES enfin tu aurais voulu

Les muer en Destin

Sans les laisser t’évanouir

Avant que tombe la mort sous les paupières de tes rêves

Accentuée par le regret

Démise par le secret

 

Nous ne rêverons plus jamais

Nous serons condamnés à la Réalité

Voilà ce qu’il restera de toi

Sans le moindre doute

L’écrivain c’est celui qui ne trouve pas.

Posted in Abscisses et Ordonnées / 2006-2007, Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on avril 21st, 2013 by admin – Commentaires fermés sur L’écrivain c’est celui qui ne trouve pas.

L’écrivain c’est celui qui ne trouve pas.
Si il trouvait alors, qu’écrirait il à la suite de tous ses mots ?
Le poète voit toutes les figures se défiler face à lui comme un damné.
Le Poète c’est un écrivain qui trouve trop tôt, avant les autres ; son cri, sa fréquence ne sont pas de ce monde
Il évolue parmi des mirages et la chaleur humaine le refroidit.

Il aurait aimé vivre, mais ce n’est pas pour cette fois. Cette fois, c’est hors de propos.
Il est le dernier opium, un tableau de Rachmaninov revisité selon sa tension.

Guillaume HOOGVELD  2007@2013 Droits réservés©

Protégé : Courrier “fondateur” de mon ami Thomas Sch. daté du 310706

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on février 28th, 2013 by admin – Commentaires fermés sur Protégé : Courrier “fondateur” de mon ami Thomas Sch. daté du 310706

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Guillaume par Thomas SCHLESSER

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on janvier 19th, 2013 by admin – 174 Comments

Guillaume

La fièvre coulée dans l’intaille
Et un mot-clef en suspens
Dans le vide des serrures

Une agonie à porter de main
Tu succombes à l’apnée des fictions
Au devant des solitudes, les méridiens t’appellent et tu réponds par la peur
Les ascèses corrompent ta voix

Les harmoniques s’éclipsent quand tu dénatures les pertes
Tes yeux s’accordent bien aux volutes des cancers

Les passants t’effraient comme une procession d’ombres grises

Des ébauches de femme et la rue qui les draine
Tes lignes incisent leur fuite

Les mots aussi sont l’armée désaxée des visages

THOMAS SCHLESSER 2007 ©

Meilleurs Vœux 2013 à tous, lointains ami(e)s ou garde rapprochée

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on janvier 13th, 2013 by admin – 52 Comments


Fraternité

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on décembre 9th, 2011 by admin – 42 Comments

Pour mon frédo

Discret, mais sûr,
Aux émotions paradoxales et précieuses…


Je ne saurais habiter l’Homme
Sans oser le devenir

L’avenir est ponctué de points de sutures points suspendus de contrôles
Postes-frontières
Où il est bienvenu et conseillé de feindre l’anonymat

Aujourd’hui
Mais hier aussi
Je suis interdit d’indécision
Et mon instinct se replie dans le souvenir,
Antichambre du passé

Je tremble devant tout exécutif
Je ne légifèrerai jamais le droit aux larmes

fussent-elles fraternelles

Le droit aux larmes c’est la pitié qui renchérit
sur le dos de l’Homme qui accroit sa maîtrise

En faisant miauler la mélancolie vers l’agilité du félin
Je me replie aux Assises,
Enfance                       absence trop exigeante
Moi et toi mon fred      Novembre 11

Je vais laisser la virgule flottante aux chercheurs en arithmétiques pures
Pour m’assommer de songes d’elfes, de fées et de pouvoirs subliminaux
Où toi mon frère tu seras mon marchand de sable
Courtier en ravissements éblouissants
Créant par tes brumes ténébreuses ce soleil insivibles des rêves

De ce pas en suivant tes cartes de trésors
Je me distingue dans les vapeurs et tout engourdi,
Voguant loin de mes multiples et milliers petits ennuis
sinusoides tissant l’envers de notre décor

GUILLAUME HOOGVELD NOV 2011©

Lettre de Claude Roy à Guillaume Hoogveld (NRF)

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on mai 28th, 2011 by admin – 125 Comments

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Lettre (fax) de Michel Camus, Editions Lettres Vives, 1996

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on mai 28th, 2011 by admin – 4 Comments

Michel_Camus

Hommage à THOMAS SCH.

Posted in Parce que c'est Toi Parce que c'est Nous - Correspondances et itinéraires on décembre 24th, 2010 by admin – 51 Comments

Tom, espèce de sale glaïeul, troène en basse-cour, photographe mondain, heureusement que ta silhouette, que dis-je, ta stature ressemble plus à un peuplier qu’à un oncle Picsou de Dysneysland.
Quand est-ce qu’on part, Tom ?

JE vais te dire pourquoi je reste ; tu m’as dit un jour : « je hais les départs » ; et bien moi je te répond qu’on peut partir en restant sur place, il y a les drogues mais c’est trop décevant, les drogues c’est pour les dix minutes qu’il reste. Moi je pars tous les jours et je dis Adieu, je dis, je pense, je scande Adieu, je pisse même Adieu. Mais la seule solution pour que tout ce qui me fait ressembler à un séculaire déplacement de pièces détachées soit possible -mais tu le sais- c’est la Musique. Je ne me donne pas trois jours sans Musique.

Comprends-moi bien mon ami, BACH me surprend à toutes les écoutes. Quant tu penses qu’on l’a ignoré pendant tout l’âge classique avant que les romantiques comme Busoni remuent les clavier et souffle l’esprit sur ses braises.

Je regrette de n’être pas venu à ta célébration universitaire d’autant plus qu’il devait avoir plein de filles frustrées à la recherche d’un prince charmant avec des Converses tachées.

Les femmes sont des images, elles donnent à voir mais elles ne donnent rien ou des dollars Ouzbek. Le couple est une équation impossible, dès le début c’est vicié, la pomme a un goût amer, mon ami. J’ai perdu tous mes amis en moins d’un an, c’est normal moi aussi je ne vois que des images, des fantasmes.

Dis-moi, est-ce que tu as choisi, et donc renoncé ? Est-ce que tu as choisi l’Art au détriment du monde des vanités pathétiques, oui, digne d’oboles ! Il y a toujours 0,1% de l’humanité qui donne sa Vie au profit des siècles à venir. Souviens-toi du livre à venir de Maurice Blanchot. Souviens-toi de Van Gogh, ce suicidé de la société, souviens toi de Nietzsche, Holderlin, Rilke, et Flaubert Bien sûr. Et j’en oublie tant.

Je te demande de souffrir moins que moi de ta condition à venir, je sais où tu vas, je te connais, malgré mes absences, malgré tes mondanités, qui peut-être, te soulagent de cet épuisement d’être soi-même. Nous savons tous les deux que rien n’est possible sans la pensée magique si chère aux romantiques allemands (H. Hesse) et qui demeure le vrai socle, et la seule direction à prendre, « le vrai chemin » de Kafka. Il n’y a que le Symbolique qui permet une quinte de plaisir, et surtout la quête du sens, la quête du chemin.
Je te donne toute mon Amitié et toute ma considération. Et ne m’oublie pas puisque je pense à toi. Pensons, en croisant nos imaginaires.

Il se joue éternité. Moi je n’attends qu’elle, je lui offre mon Corps.

fraternellement,

Guillaume

Guillaume HOOGVELD @ Abscisses & Ordonnées 2007 © RE-POST 2010 ©


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