Serge Rivron, journal inédit / Sous les pavés les profiteurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des millions, les babyboomers, les enfants de la Victoire et de l’opulence retrouvée ! Quand ils eurent 18 ans, 20, 25 à peine, ils ont inventé, lassés qu’ils étaient d’un monde hypocritement moraliste, scandaleusement consumériste à leurs yeux déjà gâtés, la « révolution des jeunes ». Potlatch à Saint-Germain, boom monstre, et sous les pavés la plage et mon cul sur la commode, les vieux croumis – leurs parents l’avaient en fait bien mérité, qui tentaient à leur dam et corps défendant de penser l’histoire à venir en dépit des vraies révolutions matérielles qu’ils avaient un peu trop servies.

Les révolutionnaires de 1968 ont eu assez vite 30 ans, 35 : des idées plein les poches et autant de thunes à faire avec, ils ont sans barguigner engrossé le monde occidental de leur rêves létaux et de leur arrivisme facile. Déjà à l’époque – peu s’en souviennent, hélas – Jacques Chancel, le héraut de la culture télévisée d’alors, en invitait quelques-uns pour savoir « comment avoir trente ans en 1982? ». Plus nombreux et nantis par avance qu’aucune génération avant eux ni après, ils ont mis à profit leurs utopies : sexe à gogo, jouissance, thune et emploi facile (« parce que je le vaux bien »), bon-penser, tolérance, libertude.

Quand ils ont eu 45 ans les journaux qui étaient tous dans leur main

nous chantaient la difficulté de passer la quarantaine. Quand ils ont eu 50 ans, le programme majeur était de comprendre qu’à 50 ans on n’est pas foutu. À 55 ans ils nous expliquaient – tous leurs journaux, tous les média qu’ils avaient pris d’assaut depuis 20 ans – que « le 3e âge ça se prépare », et ils partaient sans vergogne en pré-retraite grâce aux Plans pré-digérés que leur concédaient leurs comparses en jouissance, quelques patrons qui mieux qu’eux avaient engraissé sur le potage commun mais qui – solidarité générationnelle oblige n’auraient surtout pas cherché à frustrer l’un des leurs.

Les baby-papy-boomers ont aujourd’hui entre 59 et 69 ans. Que voulezvous qu’il leur arrive ? Ils se sont payés sur notre dos – nous les petits, leurs cousins de 1955 à 2000 – tous les luxes : plein emploi, squat infini des lieux d’émission de toutes les doxas (mainmise totale sur les média, la politique, même la technologie à laquelle la plupart d’entre eux ne comprend rien mais qu’ils entendent régenter), retraites anticipées (années 1990 à 2000), Pré- Retraites-Programmées (PRP, années 2000 à 2009) : et maintenant qu’ils ont tout usé, maintenant qu’ils ont baladé leurs vices touristiques et leur développement durable ruineux dans le monde entier, maintenant qu’ils ont à peu près tous (et tant pis pour leur abrutis de contemporains qui n’ont pas su en profiter) un home sympathique en milieu favorisé et au moins une résidence secondaire là où il fait bon, maintenant qu’ils sont tous à la retraite et 30 ans d’espérance de vie à nous désespérer le monde, ils exigent – et c’est bien naturel – que leur retraite anticipée soit garantie jusqu’à leur mort.

Serrez-vous, les petits, vos aînés de la génération pourrie vous demandent un petit sacrifice ! Bossez pour eux jusqu’à 65 ans, vous le valez bien !

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