Archive for mars, 2016

CQFD#7

Posted in CQFD@Guillaume on mars 30th, 2016 by admin – Commentaires fermés sur CQFD#7

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… Antonio Ramos Rosa, ou comment être poète au Portugal après la déflagration Pessoa

Posted in THEOREMES TEXTUELS exfiltrés : patchwork compilé par Bill Ashtray on mars 26th, 2016 by admin – Commentaires fermés sur … Antonio Ramos Rosa, ou comment être poète au Portugal après la déflagration Pessoa

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Le papier, la table, le soleil, la plume…
A côté, la fenêtre. Et je ne possède rien
et je ne suis rien de ce que j’écris. Et je n’attends rien
de tout ce que j’attends.

Tandis que j’écris je ne suis pas ne veux rien
n’écoute ni les paroles ni le silence.
J’aligne des mots mais n’avance pas encore.
Je suis assis à une table pauvre et immobile.

Le papier, la table, le soleil, la plume…
Rien ne commence, même à l’ombre je ne respire pas.
Tout est clair et distinct.
Tout est sûr ou obscur. J’avance en vain.

Je ne veux pas attendre,
je ne veux pas voguer sur le doux océan des mots.
Je ne veux cheminer qu’avec le corps que je suis,
je veux, sans vouloir, être le sang même,
muscles, langue, bras, jambes, sexe,
la même certitude occulte et unique, si souvent évidente,
la même force en alerte qui bat dans les poignets,
la même nuit ouverte que j’étends au jour entier,
la même danse, haute et souple, d’un corps vivant!

Mais je suis aujourd’hui dans l’intervalle
où l’ombre entière est froide et le sang est pauvre.
J’écris pour ne pas vivre sans espace,
pour que le corps ne meure pas dans l’ombre froide.

Je suis l’incommensurable pauvreté d’une page.
Je suis un champ en déshérence. La rive
à bout de souffle.

Mais le corps ne s’arrête jamais, le corps sait
la science exacte de la navigation dans l’espace,
le corps s’ouvre au Jour, circule en plein jour,
le corps peut vaincre l’ombre froide du jour.

Tous les mots s’éclairent
au feu sûr du corps dévêtu,
tous les mots restent nus
dans ton ombre ardente.

Droits de la traduction Editions lettres vives©

Droits en langue originale réservés à l’auteur

Image : Dubuffet, détail capturé par Guillaume HOOGVELD© (Logogriphe aux Pales, Collection Peggy Guggenheim, Venezia.)

J’ai en moi

Posted in POESIE LIVE - NOUVELLES PRODUCTIONS de Guillaume HOOGVELD on mars 15th, 2016 by admin – Commentaires fermés sur J’ai en moi

VENISE-24--28-01-16 467

 

J’ai été moi
J’ai été moi sous tous les souffles
La main coupée                    mes idiomes alertes

J’ai en moi tous les crépuscules qui s’affaissent dès que les yeux des amants ne savent plus se parler

J’ai en moi toutes les localités
Mille lieux de béton sous la mer
mille manières de battre le fer
Entre deux gazoducs je pèse la couleur de l’été

on m’avait promis sa venue
Promis qu’il serait durée et volupté

J’ai en moi toute une volonté en peau de chagrin
J’ai en moi une péninsule qui ne parle plus le même langage que l’exil 
un baiser hors du temps
qui n’a pas existé faute d’avoir été incrédule ce baiser qui a pas existé
Mais qui pourtant un jour n’existe plus

J’ai en moi toute la vanité des maladies vénéneuses
J’ai sur moi la loi du silence
un contrat sur une silhouette 
J’ai sur moi une seconde d’agitation
J’ai sur moi la réponse à vos questions

J’ai en moi la fin du monde
La fin des cadrans solaires
La fin des carnages d’hiver
J’ai en moi la honte du monde
Tout cela à porter sur mes épaules
Tout ça pour donner du sens à la vitesse
Le vent dans le dos les pâles figures se dressent
puis se délient à l’emporte pièce

Comptez
Dressez
Domptez en vous la pulsion qui vous pousse à tout décomposer
Après tant de démesure plaquée sur les murs
Et de la pensée au geste habitez un train ce soir
Un train une vielle micheline de nuit vers Lisbonne
Où là bas vous attend un feu frère
Qui loge rue Douradores
Que dis – je un feu de fiction alimenté par l’extrême pluralité de ses noms
Ô Fernando où glisses-tu ?

J’ai promis à mes amis
D’avoir assez d’yeux et de nerfs
Pour ramener à même leurs blocs de béton
Mille saudade exfiltrées
D’une lagune d’un bleu hérissé par le vert

J’ai en moi toute la finitude de nos vies,  l’impact et la folie.

J’ai en moi ma propre absence.

 

©Guillaume HOOGVELD @2016 pour le texte et l’image

Proust ou l’investissement dans l’Art jusqu’au don de sa vie

Posted in THEOREMES TEXTUELS exfiltrés : patchwork compilé par Bill Ashtray on mars 12th, 2016 by admin – Commentaires fermés sur Proust ou l’investissement dans l’Art jusqu’au don de sa vie

proust-WARHOLet-la-franc-maconnerie-de-lettres

« L’art est […] le vrai Jugement dernier. […] [Il] est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont apparaît le monde, différence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret éternel de chacun. Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir sur la lune. Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini […] Je dis que la loi cruelle de l’art est que les êtres meurent et que nous-mêmes mourions en épuisant toutes les souffrances, pour que pousse l’herbe non de l’oubli mais de la vie éternelle, l’herbe drue des œuvres fécondes, sur laquelle les générations nouvelles viendront faire gaiement, sans souci de ceux qui dorment en dessous, leur “déjeuner sur l’herbe”… »

Marcel Proust, Le Temps retrouvé


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