Ma double vie d’Arthur R.

 

Si une vie se compose de plusieurs vies juxtaposées ou parallèles, Arthur en aura fait la démonstration ultime. Du poète absolu au trafiquant d’armes, il y a une fracture, et c’est dans ce revirement si touchant qu’Arthur s’expose à nous, dans sa nudité la plus crue.

Arthur n’aura pas cherché la reconnaissance et la célébrité longtemps. Vite, il lui faudra acquérir de nouvelles sciences, de nouveaux langages. Parmi les hommes, il se sait mort d’avance, pour ne pas voir sous le soleil la finitude de ses congénères, il choisit le ciel du désert. Son horizon est névralgique, il a des pieds fantômes, des stigmates sur ses yeux brûlés. Il avance le corps calciné dans une étendue sans ombre, sans femmes. Il lui faudrait un alcool plus fort que son désespoir de ne trouver là que misère et astreinte.

Dans cette autre vie, la vie est décidemment absente. Elle ne l’attend pas au détour d’un oasis, où dans les yeux d’une négresse d’Abyssinie. Dans le fond de ses yeux, il y a pourtant un petit espoir de mariage bourgeois, vite dilapidé par son angoisse de bagnard. Il n’enfantera pas une indigène aux yeux sombres, il ne donnera pas à son fils la plus grande instruction qui soit.

Dans sa seconde vie, Arthur quitte le sang et la chair pour rejoindre l’émulsion argentique. Ce qu’il nous laisse, ce sont des instantanés. Arthur embrasse la découverte de la chambre noire et se plonge dans son propre tombeau, au milieu de nos livres et de ses images.

Il n’aura donc pas triché. Il est parti. Il a échoué. Sans doute mauvais négociant, A Harar son sort l’embarrasse et l’ennuie à mourir. A t’il espéré en finir également avec cette seconde vie ? Alité, à l’orée de la mort à Marseille, alors qu’on l’a amputé d’une jambe, il croit encore pouvoir changer la vie et l’exprime avec un paradoxe éloquent à son directeur  : « Je suis complètement paralysé : donc je désire me trouver de bonne heure à bord. ».

Guillaume Hoogveld.

 

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