Archive for août, 2012

Antonin Artaud

Posted in THEOREMES TEXTUELS exfiltrés : patchwork compilé par Bill Ashtray on août 25th, 2012 by admin – 36 Comments

Lettre à Monsieur le législateur de la loi sur les stupéfiants

in L’ombilic des Limbes (1925). NRF, Poésie/Gallimard, 1993 pp. 68-72

Antonin ARTAUD (Marseille)

Monsieur le législateur,

Monsieur le législateur de la loi de 1916, agrémentée du décret de juillet 1917 sur les stupéfiants, tu es un con.

Ta loi ne sert qu’à embêtere la pharmacie mondiale sans profit pour l’étiage toxicomanique de la nation parce que

1° Le nombre des toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien est infime ;

2° Les vrais toxicomanes ne s’approvisionnent pas chez le pharmacien ;

3° Les toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien sont tous des malades ;

4° Le nombre des toxicomanes malades est infime par rapport à celui des toxicomanes voluptueux ;

5° Les restrictions pharmaceutiques de la drogue ne gêneront jamais les toxicomanes voluptueux et organisés ;

6° Il y aura toujours des fraudeurs ;

7° Il y aura toujours des toxicomanes par vice de forme, par passion ;

8° Les toxicomanes malades ont sur la saciété un droit imprescriptible, qui est celui qu’on leur foute la paix.

C’est avant tout une question de conscience.

La loi sur les stupéfiants met entre les mains de l’inspecteur-usurpateur de la santé publique le droit de disposer de la douleur des hommes : c’est une prétention singulière de la médecine moderne que de vouloir dicter ses devoirs à la conscience de chacun.

Tous les bêlements de la charte officielle sont sans pouvoir d’action contre ce fait de conscience : à savoir, que, plus encore de la mort, je suis le maître de ma douleur. Tout homme est juge, et juge exclusif, de la quantité de douleur physique, ou encore de la vacuité mentale qu’il peut honnêtement supporter.

Lucidité ou non lucidité, il y a une lucidité que nulle maladie ne m’enlèvera jamais, c’est celle qui me dicte le sentiment de ma vie physique. Et si j’ai perdu ma lucidité, la médecine n’a qu’une chose à faire, c’est de me donner les substances qui me permettent de recouvrer l’usage de cette lucidité.

Messieurs les dictateurs de l’école pharmaceutique de France, vous êtes des cuistres rognés : il y a une chose que vous devriez mieux mesurer ; c’est que l’opium est cette imprescriptible et impérieuse substance qui permet de rentrer dans la vie de leur âme à ceux qui ont eu le malheur de l’avoir perdue.

Il y a un mal contre lequel l’opium est souverain et ce mal s’appelle l’Angoisse, dans sa forme mentale, médicale, physiologique, logique ou pharmaceutique, comme vous voudrez.

L’Angoisse qui fait les fous.

L’Angoisse qui fait les suicidés.

L’Angoisse qui fait les damnés.

L’Angoisse que la médecine ne connaît pas.

L’Angoisse que votre docteur n’entend pas.

L’Angoisse qui lèse la vie.

L’Angoisse qui pince la corde ombilicale de la vie.

Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n’ai aucune espèce de confiance, cons en médecine, pharmaciens en fumier, juges en mal-façon, docteurs, sages-femmes, inspecteurs-doctoraux, le droit le disposer de mon angoisse, d’une angoisse ne moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l’enfer.

Tremblements du corps ou de l’âme, il n’existe pas de sismographe humain qui permette à qui me r’egarde d’arriver à une évaluation de ma douleur précise, de celle, foudroyante, de mon esprit !

Toute la science hasardeuse des hommes n’est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi.

Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Legislateur Moutonnier, ce n’est pas par amour des hommes que tu délires, c’est par tradition d’imbécillité. Ton igorance de ce que c’est un homme n’a ’égale que ta sottise à la limiter.

Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.

Pietro Citati

Posted in THEOREMES TEXTUELS exfiltrés : patchwork compilé par Bill Ashtray on août 25th, 2012 by admin – 48 Comments

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du Boul­bon disait : « Vous appartenez à cette famille magnifique et lamentable qui est le sel de la terre. Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux. Ce sont eux et non pas d’autres qui ont fondé les religions et composé les chefs d’œuvre. Jamais le monde ne saura tout ce qu’il leur doit et sur tout ce qu’eux ont souffert pour le lui donner. Nous goûtons les fines musiques, les beaux tableaux, mille délicatesses, mais nous  ne savons pas ce qu’elles ont coûté à ceux qui les inventèrent d’insomnies, de pleurs, de rires spasmodiques, d’urticaires, d’asthmes, d’épilepsies, d’une angoisse de mourir qui est pire que tout cela… »

 

Cité dans « La colombe poignardée », de Pietro Citati, (essai sur Proust) 

Écrire contre Soi

Posted in NOUVEAUX FORFAITS TEXTUELS des membres on août 24th, 2012 by admin – 41 Comments

Pour mon Alter-Ami, William
Pour notre Amitié féconde

J’ai toute ma santé malgré le fracas… Je sens le vide à une heure dépassée, détruite, chaque seconde millimétrée et puis je retourne ma veste j’embrasse une femme, avez-vous eu le temps de me parler ??? Avez-vous eu le temps instantané votre café est servi, l’avion rate son suicide et je lui envie cette possibilité.

Je m’appelle Antonin Artaud.

Primo Levi

Jacques Rigaut

Arthur Rimbaud évidemment

Ce sale con est de ma race

Mon appellation est celle qu’on donne à l’argent, le nom qu’on ne prête qu’aux riches, le nom du dernier repas, la Cène inachevée

Ni Dieu, ni Bach, ni Nietzsche

J’aimerais te serrer fort contre moi une fois deux fois un millier de fois

Te retrouver encore et toujours au même endroit

Croiser et quadriller nos différents états

Tous les jours rater sa vocation.

Tous les jours possédé

Par le fatum frôlant le précipice

L’inéluctable chemin

Nous sommes voulus disaient les païens, n’est-ce-pas sage Lucien ?

Personne sinon les cordes vocales de la Mort.

Tomber si vite dans le désordre de la Nuit.

Guillaume HOOGVELD 2010© Re-post 2012, Texte et crédits Photo réservés©

Un jour disparaître

Posted in POESIE LIVE - NOUVELLES PRODUCTIONS de Guillaume HOOGVELD on août 20th, 2012 by admin – Commentaires fermés sur Un jour disparaître

Pour le Dr Nguyen

Un jour comme celui-ci

j’ai bravé la vie

Traquant l’épaisseur du jour

Épiant les défis du possible

L’épaisseur infinie de l’infime

La porte étroite & le contour illimité

Filant                     Libre étoile

Dans le creux de la toile

Comme Van Gogh et ses huiles délicieuses

Aux caresses capricieuses

Un jour comme celui-ci

qui n’a jamais existé.

Guillaume HOOGVELD  inédit de nuit  200812©


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