Archive for février, 2012

LABORIT / Eloge de la fuite

Posted in SERIGRAPHIES DE SAVOIRS réunis par Nathanaël V. on février 17th, 2012 by admin – 51 Comments

« [S]e soumettre c’est accepter, avec la soumission, la pathologie psychosomatique qui découle forcément de l’impossibilité d’agir suivant ses pulsions. Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seul, aboutit rapidement à la suppression du révolté par la généralité anormale qui se croit détentrice de la normalité. Il ne reste plus que la fuite.
Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites « psychotogènes ». D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant, que certains diront narcissique. Peu importe car dans le monde où règne le principe de réalité, la soumission et la révolte, la dominance et le conservatisme auront perdu pour le fuyard leur caractère anxiogène et ne seront plus considérés que comme un jeu auquel on peut, sans crainte, participer de façon à se faire accepter par les autres comme « normal ». Dans ce monde de la réalité, il est possible de jouer jusqu’au bord de la rupture avec le groupe dominant, et de fuir en établissant des relations avec d’autres groupes si nécessaire, et en gardant intacte sa gratification imaginaire, la seule qui soit essentielle et hors d’atteinte des groupes sociaux. »

Henri Laborit, Éloge de la fuite, 1976.

Laurent Terzieff a disparu

Posted in SERIGRAPHIES DE SAVOIRS réunis par Nathanaël V. on février 13th, 2012 by admin – 38 Comments

Dans l’ombre, une parole*

 

Tout commence par la nuit, une nuit de suie qui macère dans un trou de silence, rien n’éclaire cet abîme où le vide semble régner, on attend, vaguement inquiet, et puis soudainement une douche de feu coulant sur les épaules de Laurent Terzieff : c’est la nuit qui s’immole.

« Ce qu’il y a ? Je sais d’abord qu’il y a moi. Mais qui est moi ? Tout ce que je sais de moi, c’est que je souffre. Et si je souffre c’est qu’à l’origine de moi-même il y a mutilation, séparation. »

Tout pourrait s’achever sur ces quelques mots d’Arthur Adamov si la récurrence de l’interrogation n’avait pas traversé le drame d’être, si le même questionnement n’avait pas réuni ces réprouvés de la vie, les jetant sans cesse dans les fosses de l’infini détresse. Ce qu’il y a, nous dit Laurent Terzieff, c’est que le corps ne sait que se mouvoir entre les lames tranchantes de la nuit des mondes, que nous nommons la mort avec la même terreur que lorsque nous prononçons le nom de l’amante. « Mon sombre amour d’orange amère / Ma chanson d’écluse et de vent… » Tous ces mots « Et tout ce langage perdu / Ce trésor dans la fondrière / Mon cri recouvert de prières / Mon chant vendu… », tous ces mots se défont et quittent leur appareil linguistique pour devenir incantation. Et Laurent Terzieff nous redonne la nuit, il se transporte tel un ange meurtri à la plasticité indescriptible, il est hors scène, car il n’y a pas de scène ou plus exactement, il lève la poussière à chaque pas comme foulant un désert sans limites, sa voix ne trouble pas le silence, elle l’invite. Et pourtant, il ne cesse de dire cette ombre qu’il porte en lui et qui consacre le poète, ainsi Robert Desnos là-bas, tout en bas du monde, surgissant des fosses encore brûlantes d’une histoire qui ne cesse de hanter les hommes. Desnos « Ombre parmi les ombres… », Laurent Terzieff en est le filtre.

Ici ou là, il nous paraît indispensable de nous inscrire dans la continuité, pourtant il nous faut admettre que ce qui est – ce que nous sommes –, prisonnier de la question de notre propre apparence, s’inscrit en dehors de toute volonté, que nous sommes déplacés par une force obscure autant que nous la méconnaissons. Mais ce déplacement, s’il en est, n’est-il pas à lui seul le mouvement d’une hésitation à la recherche du centre, ou peut-être du sommet, « Du sommet central de l’intérieur de tout », dit Roger Gilbert-Lecomte.

Les poètes ne sont pas étrangers à cette ombre qu’aucun corps ne meut, ils savent qu’aucune gesticulation ne les justifie, que leur demeure n’est pas corps qui vibre, que leur respiration n’est pas poumon. Ils se reconnaissent avec cette froide lucidité, dans l’impossibilité de se dire et n’habitant nulle part, ils cherchent par-delà toute espérance un lieu pour dissoudre leur empreinte.

Le lieu peut prendre nom de femme, qu’importe ce lieu devient innommable en même temps qu’il est prononcé ou tout simplement gravé sur le papier, il se supprime. Pour toute résonance de cette disparition, le verbe incline à nommer l’absence, là où nous nous voulions de chair et d’os ne demeure que la question de notre présence au monde. Il n’y a pas de réponse à ce qui je suis, à ce visage que personne ne reconnaît, ni au mensonge du miroir.

Que les mots soient de Milosz, Heine, Goethe, Hölderlin ou d’autres, Laurent Terzieff nous fait traverser la nuit des poètes, ils viennent encore vers nous avec leurs yeux gercés par la froideur des insomnies. Cette nuit-là est aussi profonde que les gouffres qui absorbent leur chute. À l’heure des mots et des cris, la lumière tombe dans un noir absolu. N’oubliez pas, avec Laurent Terzieff, c’est la nuit qui s’immole.

*Article de Patrice Corbin, Laurent Terzieff dans l’ombre, une parole. La Quinzaine littéraire, n° 861, paru le 16 septembre 2003.

 

Scriabine

Posted in Entre deux soupirs, enfin le Son / Essais sur la Musique compilés par Nasser Assas on février 9th, 2012 by admin – 40 Comments

Pour William, mon ange noir

Scriabine. Comment à ce mot ne pas ressentir un mystère, une onde, un frémissement, une couleur pourpre, automnale et jaune. Scriabine était un compositeur de la fin du 19ème siècle. Né à Moscou en 1872 et mort en 1915, il choisit vite la musique comment élément définitif capable de transformer le monde et le rapport qu’il y a.

Pour lui, la musique est « une force théurgique d’une puissance incommensurable appelée à transformer l’homme et le cosmos tout entier ».En cela, il est un symboliste extrême qui va même jusqu’à définir des projections colorées établies sur la base d’une table de correspondances du spectre des hauteurs sonores et du spectre des couleurs. Le mot est lâché. Chez Scriabine, c’est la couleur qui domine, dans des synesthésies on ne peut plus expressives.

A la première écoute on est frappé par ces correspondances voluptueuses (Do : rouge ; sol : orange ; ré : jaune brillant ; la : vert ; mi : blanc bleuâtre, etc.).

Scriabine voulait l’Art total. Reprochant à Wagner de n’être pas assez loin dans l’unification des mondes artistiques à cause de l’autonomie du texte et de la musique, il se joue des tonalités et des dissonances tout en évitant le piège de l’attraction tonale. Cependant, il lui accorde la valeur mystique d’être un « principe unificateur » et un moyen de refléter « l’harmonie des mondes ». Pour lui, tout est vibration, et une œuvre d’art doit être la plus totale possible, faire appel autant à l’ouie qu’à la vision, au toucher, à l’odorat.

Pour « Prométhée », il prévoit la présence d’un clavier à couleurs dont les dégradés accompagneraient les sons selon des correspondances mystiques destinées à transcender les auditeurs.

Scriabine fait éclater le cadre classique de la sonate par une fougue et une violence inspirée par son approche de Nietzsche, et des chefs de file du mouvement Futuriste comme Marinetti.

Aujourd’hui mal compris parce que considéré comme obscur ou primaire, je pense que Scriabine est allé plus loin que Chopin dans l’exploration musicale et dans la recherche émotionnelle. En effet, Alors que Chopin (auquel il doit certes beaucoup de ses premières œuvres ) visitait des lignes mélodiques rassurantes et assurées, languissantes sans surprises, Scriabine fait place au Chaos, mais à un chaos organisé dans une métrique implacable.
Comme éléments discographiques, permettant de s’initier à ce démiurge, je citerai ses sonates, études, préludes et nocturnes par Horowitz ou Richter, et son Prométhée. Attention la falaise est proche.

Echappée
course de moments projetés là, ici,
projectiles
sueur froide
falaise toute proche
défense de troubler toute personne
censée se dévoiler
résistance
permission de flotter comme un ventricule

sucre glissant du pavot
gant de fer et main d’écrin
caramel à point
pause inter-polaire
micro-climat assis à la droite du jaune et du bleu
bleu si intense qui ne sait pas naviguer
bleu si intense dont la matrice est proche
et se voit dans une flaque d’araignée
comme un prisme non abouti
Poème d’extase
Je t’ai cherché
Sur les dunes paresseuses
Je t’ai eu dans la violence du sang
Tout cela c’était contamination
J’écrivais pour te disséminer ô Extase !
J’allais te chercher dans la misère où il n’y avait
Que surprise et hasard
Violence et objection

Le jour peut ne pas se lever
J’ai Scriabine
J’ai ses silences je ne les possède pas
J’ai ses précipités de fluor
Qui drainent des positionnements méticuleux

Falaise toute proche.

La Cordillère des âmes

Posted in Parutions on février 6th, 2012 by admin – 40 Comments

À PARAÎTRE LE JEUDI 29 MARS 2012

Signature au siège de la Librairie-Galerie Racine le même jour

« La Cordillère des âmes » est le troisième opus du triptyque de Guillaume HOOGVELD qui voit ici sa fenêtre d’exposition se placer sous la lumière totale et puissante du soleil ; la langue est réjouissante et livre un combat contre le désespoir et l’abîme par l’envolée lyrique de mots qu’il a voulu plus proches de vous…

Des mots d’amour ?

Bill Ashtray, Poètes Anonymes Associés



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