Insurrection à libération immédiate

J’aurais aimé dire qui je suis à quelqu’un. Quelque chose aurait certainement changé ; pas en moi, mais peut-être chez mes proches.
J’ai marché ; c’était le désert, il y avait une palmeraie qui annonçait de longues heures de repos, dont nous avions tant espoir.

Vous êtes parti vous avez dit au revoir et pas un seul adieu.

Je vous ai donc attendu, comme la marée remonte ; en premier lieu j’aurais dit « pour rien » mais j’ai versé des larmes, beaucoup de larmes pour ces petits riens, tant de larmes que j’aurais pu irriguer des nappes phréatiques.

Toi tu connaissais mon nom et tu l’écrivais sur le bitume amolli d’un été saharien.

Toi tu connaissais mon nom et tu le taguais NET à la face des flics en faction ; tu taguais mon nom tu connaissais mon nom sur le Pont-Neuf tu connaissais mon nom dans tes itinéraires étoilés, où soleils calcinés et visages sanglotant se muaient. Tu te souvenais qu’on avait été amis, était-ce cette année-ci ? Cette année-là ? Et tu demandais : « était-ce bien fini ? »

Et le vent a soufflé et le métro est revenu et la crasse urbaine a charrié tous ses miasmes, des gobelets en polystyrène, des papiers fast-food, des tickets sans retour ou peut-être pire, avec un retour assuré, une bonne journée de salarié sur un strapontin matinal avec les 35 heures et puis ça y est encore des vieux journaux, des journaux de petites annonces. Tu regrettes, tu n’as jamais cru dans les petites annonces, tu n’as cru qu’aux grands fracas, aux grands discours, libertaires ou totalitaires, aux déclarations de chair et d’épines pas gonflées d’électronique ni de câbles réseaux.

Et puis, il y a eu du trop facile, ces masques linéaires inexpressifs qui se faufilent d’un pseudonyme vers un autre pseudonyme pour enfin te déclarer laconiquement que tu t’es trompé, qu’ il y a une erreur de casting dans toutes tes rencontres et que tu commences à croire que tu es maudit.

Alors tu retournes dans ton Sahel, le tien, t’enfermer dans tes plus beaux voyages. Ici, c’est l’horizon à perte de vue, le tien, pas de locomotion électrique ou thermique, il te faut des jambes pour faire un pas vers un autre horizon : celui qu’il n’appartient qu’à toi de faire surgir, d’extraire de ton cœur.

Guillaume HOOGVELD 2007 ©

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