Gaston Miron, de la Révolte urgente et massive à l’Idéal

Vous pouvez me bâillonner, m’enfermer
je crache sur votre argent en chien de fusil
avec vos polices et vos lois, je vous réponds

NON

je vous réponds, je recommence
je vous garroche mes volées de copeaux de haine
de désirs homicides
je vous magane, je vous use, je vous rends fous
je vous fais honte
vous ne m’aurez pas vous devrez m’abattre
avec ma tête de tocson, de nœud de bois, de souche
ma tête de semailles nouvelles
j’ai endurance, j’ai couenne et peu de barbiche
mon grand sexe claque
je me désinvestis de vous, je vous échappe
les sommeils bougent, ma poitrine résonne

j’ai retrouvé l’avenir

GASTON MIRON ©

Poète majeur Québécois, disparu en 1996, ce texte est issu de l’édition originale Française de « L’homme rapaillé », parue en 1981 chez François Maspero ©, puis réédité depuis par Gallimard, avec courage, dans sa collection Poésie de poche.

Voici la Poésie (bien que non-récente) que mes nerfs – car c’est bien aux nerfs que Miron frappe- attendaient , une salve d’émotions formidable pour croire encore à l’amour la Poésie, à la Liberté, à l’Enfance, à la Rédemption, à tous les espoirs les espérances malgré malgré, l’asservissement, les brimades, les coups tordus, les caillassages de nuit, les injures, l’opprobre Miron, couleur de toutes les forces d’un langage qui me réveille, m’instruit par son lexique, me déstructure pour mieux me rebâtir en vivant sa langue de grand hâbleur qui porte en lui toutes révoltes !!! IMMENSE ARTISTE.

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